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PAR

MARSEILLE.

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On doit juger par l'énumération des marchandées chargées à Marseille pendant une année pour nos Colonies de l’Amérique , & par celle des marchandises desdites Isles arrivées à Marseille pendant ladite année , combien ce Commerce intéresse l’Etat. Il est facile de faire une balance pour calculer le bénéfice que fait la Nation. J’aurois pû le joindre ici , quoique le nombre des vaisseaux partis de France pendant ladite année que j’ai choisie , ne soit point égal au nombre de ceux qui en font revenus. Je me suis fixé à une année , & il ne doit point paroître surprenant qu’il parte ou qu’il arrive plus de vaisseaux dans une année que dans l’autre ; ce n’est que dans une suite de plusieurs années que l’égalité doit se trouver ; ce calcul est à la portée de tout Commerçant , & la variété du prix des marchandises ne sçauroit être un obstacle à fa justesse , parce que fi les marchandées des Isles augmentent en France , celles de France augmentent dans les Isles en proportion , du moins c’est la régie générale ; & le contraire ne peut regarder que quelques espéces de marchandises, dont le prix suit la trop grande abondance ou une grande rareté. La variation des prix m’a empêché de faire ce calcul, pouvant arriver que lorsque cet écrit paroîtra , les prix courans n’ayent aucun rapport avec ceux d’aujourd’hui. Les Lecteurs y supplééront , & ce fera pour eux un amusement beaucoup plus instructif. Le grand avantage que l’Etat doit retirer de ce Commerce dépend de l’exportation des marchandées dans le pays étranger. Plus cette exportation sera considérable , moins la France en consommera , & par conséquent plus elle aura dequoi solder nos importations étrangeres. La ville de Marseille est située pour faire le Commerce le plus étendu avec le Levant , l’Italie & l’Espagne , & la franchise de son Port en facilite les moyens ; aussi presque toutes les marchandées des Isles n’ont point d’autre destination. Elle concourt par - là à effectuer l’intention du Ministère dont les vues dans la protection qu’il accorde à nos établissemens dans les Isles , font de gagner avec l’étranger en augmentant la masse des richesses nationales , en même-tems que les sujets du Royaume ne font plus obligés d’en faire sortir l’argent pour l’achat d’autres marchandées étrangeres devenues nécessaires aujourd’hui. L’emploi dans nos Mes du superflu de nos denrées & des ouvrages de nos manufactures , est utilement remplacé par le sucre , le caffé , le cacao , l’indigo , &c. dont la France ne sçauroit plus se palier ; mais quoique ce soit certainement un grand bien que l’emploi desdites marchandises dans le Royaume , par l’encouragement qu’en reçoivent l’agriculture & les fabriques de toutes sortes, par l’activité que le Commerce intérieur y trouve , par les droits qui font payés au Roi , & par l’occupation d’une infinité d’Ouvriers & de Matelots qui fans le Commerce des Isles languiroient dans une dangereuse oisiveté , l’exportation desdites marchandises à l'étranger cause à l’Etat un bien beaucoup plus considérable. Tandis

Le commerce des isles françoises de l'Amérique par Marseille et autres ports du royaume. Vol. 1  

Chambon / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collection d...

Le commerce des isles françoises de l'Amérique par Marseille et autres ports du royaume. Vol. 1  

Chambon / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collection d...

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