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PAR MARSEILLE. Lucain, que les Phéniciens eussent inventé... Cet Art ingénieux,

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De peindre la parole, & de parler aux yeux, Et par des traits divers, des figures tracées, Donner de la couleur & du corps aux pensées» Une autre conséquence suit naturellement de l’ignorance de l’écriture chez tous les peuples de l’Amérique : c’est que depuis cette heureuse invention, aucun voyageur jusqu’à nos dernières découvertes, n’a pénétré dans le nouveau monde, ou du moins que fi quelqu’un est entré dans quelque pays de l’Amérique ou ce pays n’étoit point habité, ou il n’y a pas séjourné assez long-tems pour connoître les mœurs & les usages des habitans. Car les peuples policés de cette quatrième partie du monde, ont donné tant de preuves de leur industrie & de leur pénétration, que si quelque nouveau venu leur avoit montré de notre écriture, quand même il n’auroit pas sçu écrir , s’il leur avoit fait connoître par signes en quoi elle consistoit, ils n’auroient pas manqué d’en perfectionner l’usage, & de se le rendre propre, eux qui ont inventé une écriture symbolique, suffrisante pour la conservation & la manifestation des loix. Il faut aussi supposer dans l’hypothèse de ceux qui soutiennent que l’Amérique n’a été séparée de l’ancien continent que par un tremblement de terre, que cette révolution est arrivée avant que l’écriture fut connue parmi nous. Ce tremblement de terre n’est pas impossible ; pourquoi donc ne pas le supposer, puisque par la submersion des terres contigues aux deux continens, il ne relie aucune difficulté pour expliquer comment l’Amérique a été peuplée ? Le prémier qui a osé secouer le préjugé public est CHRISTOPHLE COLOMB ; voilà l’homme à qui toute l’Europe est redevable des immenses richesses dont son heureuse témérité l’a comblée, & dont la divine providence a voulu se servir, lorsque le jour marqué dans ses décrets éternels de faire miséricorde à cette multitude de peuples dont il vouloit être connu & adoré, est arrivé. La sagesse de Dieu se joue des projets des hommes, & employé qui il veut pour l’accomplissement de ses desseins. Il n’a point choisi, pour nous faire connoître ce nouveau monde, quelque grand Capitaine ou quelque fameux Amiral ; il a voulu se servir d’un homme de la lie du peuple, qu’il a rendu recommandable par le choix qu’il a bien voulu en faire. Ce CHRISTOPHLE COLOMB étoit Cardeur de laine de son métier, & fils d’un Cardeur, d’un village auprès de Gênes, où il naquit en 1442. Las de sa profession, il prit le parti de la mer, & fit quelques voyages pour apprendre la navigation. Ce nouvel état lui plût & eut tant de charmes pour lui, qu’il s'y donna tout entier. Ce fut par son application & l’étude de la Géographie & des cartes maritimes, dont son frere Barthelemi avoit une exacte connoissance, qu’il parvint à commander de petits bâtimens. Il conçut que la terre étoit ronde, & qu’il devoit y avoir d’autres terres inconnues aux Européens qu’il ne seroit pas impossible de dé-

Le commerce des isles françoises de l'Amérique par Marseille et autres ports du royaume. Vol. 1  

Chambon / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collection d...

Le commerce des isles françoises de l'Amérique par Marseille et autres ports du royaume. Vol. 1  

Chambon / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collection d...

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