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VOYAGE

AU

BRESIL.

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arrivé, si je voulais prendre un peu le frais, quand il y en avait, je voyais en face de mes fenêtres une chambre s'éclairer, une guitare et une flûte s'accorder; puis deux voix lamentables psalmodiaient des romances sur des airs d'enterrement. Ces chanteurs funèbres s'attendrissaient, roulaient ou levaient les yeux au plafond. Le sentiment les débordait, cela durait jusqu'à deux heures du matin. Dans de pareils moments, si quelqu'un se fût approché de moi j'aurais mordu— Ne me souciant pas beaucoup de me lier avec des personnes que du reste je devais quitter bientôt, je vivais presque toujours seul quand je n'allais pas en soirée. A la tombée de la nuit, je montais aussitôt cette petite colline où se trouvent les signaux, et qui est dans la ville même. Je me suis laissé dire que si on la supprimait la ville de Rio y gagnerait beaucoup, car elle est un obstacle pour les courants d'air, qui se répandraient partout. Cela rapprocherait en outre les distances, en permettant de faire des rues là où aujourd'hui se trouve un obstacle, ce qui rend les communications quelquefois très-difficiles par la longueur du chemin qu'il faut faire pour aller d'un point à un autre. L'opinion générale est que la fièvre jaune cesserait dès lors ses apparitions. Une compagnie anglaise a proposé, toujours à ce qu'on dit, de faire abattre la montagne, ce qui ne serait pas difficile : le terrain est peu solide, si bien que chaque année les pluies en emportent une partie, et que pour réparer ces dommages 6

Deux années au Brésil. Partie 1  

Auteur : F. Biard Partie 1 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des A...

Deux années au Brésil. Partie 1  

Auteur : F. Biard Partie 1 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des A...

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