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VOYAGE AU

BRÉSIL.

m'aurait coûté cinq sous, me coûta six francs. On doit s'attendre ici à rencontrer chez un marchand les objets les plus complétement étrangers à son commerce : des souliers ou un parapluie chez un marchand de tabac ; le bottier a quelquefois de l'élixir de la Grande-Chartreuse, une guitare ou des perroquets à vendre; ainsi des autres. J'ai longtemps cherché une écritoire; j'avais perdu un scalpel, il m'a été impossible de m'en procurer un autre; les boutiquiers chez lesquels mon horloger me conduisait pour cette emplette, s'empressaient de me donner non pas un scalpel, mais une lancette pour saigner; tout le commerce du Para en avait à vendre; j'ai oublié de m'informer pourquoi la lancette joue un si grand rôle dans cette ville. J'appris en parcourant les rues que ces figures pâles, ces cadavres vivants qui m'avaient d'abord impressionné désagréablement, n'étaient pas malades le moins du monde. La plupart de ces individus sont des Portugais venant des îles. Ces gens-là, par économie, ne dépensent rien; on m'a dit que plusieurs vivaient avec quelques bananes par jour. Leur sang s'appauvrit, ils perdent leurs forces; ce régime, auquel pourtant ils s'habituent, leur donne cette couleur dans laquelle le vert domine, ce qui ne les empêche pas, en amassant sou sur sou, de devenir fort riches. Mon guide faisait toujours cette plaisanterie en les voyant : « Voilà M. le comendador futur; ces gens-là le deviennent tous. »

Deux années au Brésil. Partie 1  

Auteur : F. Biard Partie 1 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des A...

Deux années au Brésil. Partie 1  

Auteur : F. Biard Partie 1 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des A...

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