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VOYAGE

AU

BRÉSIL.

ardents; cela m'avait plusieurs fois réveillé. J'aurais bien pu, accompagné comme je l'étais, m'enfoncer à sa rechercbe dans les bois; mais, outre que je n'avais plus de fusil, je crois que je ne me souciais plus de faire une mauvaise rencontre. Cependant les jours s'écoulaient et le temps ne changeait pas. Quand j'avais couru sur le sable jusqu'au moment où la chaleur me faisait désirer un abri, j'allais dans la case d'un vieux nègre libre, qui s'était chargé de réparer mon fusil, et il y mettait le temps. Ce pauvre bonhomme cumulait plusieurs fonctions; il était fort lent dans tout ce qu'il faisait, et ne s'échauffait qu'en jouant de ses deux cloches: car, outre son état de serrurier, il était sonneur de la cathédrale que l'on sait, sans préjudice de ses fonctions de cordonnier en vieux. Homme libre, il avait droit à porter des souliers, et je ne crois pas en avoir jamais vu de si grands que ceux qui décoraient ses pieds, d'une longueur démesurée. Mon nègre, en dehors de tous ces cumuls, élevait pour son compte et pour compte d'autrui des dindons et des oies. Leur vue me rappela que j'allais m'embarquer, que si, par malheur le vent me devenait contraire, j'aurais besoin de vivres une fois en mer, et qu'ils ne me seraient pas moins utiles s'il fallait se réfugier dans quelque crique. Parmi les pièces importantes de mon bagage, était encore cette fameuse soupière qui m'avait rendu de si grands services, et qui pouvait m'en rendre encore. J'achetai au vieux nègre une de ses oies, que je payai un peu plus de

Deux années au Brésil. Partie 1  

Auteur : F. Biard Partie 1 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des A...

Deux années au Brésil. Partie 1  

Auteur : F. Biard Partie 1 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des A...

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