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VOYAGE

AU

BRÉSIL.

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serpent qui s'était glissé si près de moi, que je n'eus que ce moyen de me le procurer. Enfin, j'en finis tout de bon avec mon panorama, et Dieu sait les transes dans lesquelles j'ai vécu en attendant qu'il fût sec. Au moindre bruit j'étais sur pied, et cependant telle est la force des vocations, qu'au milieu de mes inquiétudes j'en rêvais déjà un quatrième : le pororoca ou haute marée dans l'Amazone. Ainsi que je l'ai dit plus haut, je n'avais plus qu'une pensée : vivre dans la solitude. J'allais quitter les grands bois pour le grand fleuve, — toujours dans le but unique d'en rapporter des études intéressantes ; — dans ces derniers jours, je m'étais donné un compagnon de chasse, un Indien, véritable Bas-de-cuir, grand, maigre, d'une adresse prodigieuse. Ayant quitté l'arc pour le fusil, il avait tué un jour cinq sangliers à travers une dizaine de lieues de fourrés et de lianes, où j'aurais fait à peine un kilomètre. Le lendemain il m'apprit qu'il avait perdu son couteau; il était reparti et l'avait retrouvé là où certainement je n'aurais pas vu un bœuf à dix pas. Il m'a conté que lorsque son père, encore meilleur chasseur que lui, perdait une flèche, il retournait où il avait tiré, recommençait, et allait ramasser à la même place les deux flèches. Enfin arriva le jour du départ. J'allais quitter mes grands bois. Le jour de Pâques, un an après mon départ de Paris, je retournai encore une fois dans ce lieu où, malgré les désagréments sans nombre dont j'ai tant parlé, trop peut-être, j'avais vécu

Deux années au Brésil. Partie 1  

Auteur : F. Biard Partie 1 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des A...

Deux années au Brésil. Partie 1  

Auteur : F. Biard Partie 1 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des A...

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