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V O Y A G E AU

BRÉSIL.

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Je les mis en déroute avec une gamelle d'eau et je regagnai mon hamac, décidé à faire bonne chasse le lendemain pour remplacer mon repas perdu. Comme l'expérience m'avait appris avec quelle persistance les fourmis reviennent quand elles savent où trouver à butiner, j'eus, avant de me coucher, la précaution de jeter à ma porte des débris d'oranges. Ainsi que je l'avais prévu, à peine la nuit fut-elle venue que toute la bande emportait ce que ma générosité, un peu calculée, avait laissé à sa disposition; le jeu me plut, et le lendemain nouvelle offrande acceptée, avec le même enthousiasme, par la bande pillarde, à qui une demi-heure suffisait pour le déménagement. On se lasse de tout, même de nourrir des fourm i s ; aussi le quatrième jour j'allai me coucher, pensant qu'elles se retireraient après avoir reconnu qu'il y aurait de l'indiscrétion à insister. A mon réveil, j'entendis grignoter sur mon toit de palmiers; puis le bruit se répétait à terre. «Je connais, pensais-je, cette façon de procéder; les fourmis, partagées en deux troupes selon leur usage, coupent les feuilles du toit, lesquelles sont emportées immédiatement par la bande qui les attend sur le sol. Voler des haricots , des tronçons d'oranges, c'était judicieux ; mais des feuilles sèches, c'est un peu fort.... » Je riais tout seul du tour que j'avais joué à ces voleuses enragées. Hélas ! le jour parut. Ce bruit entendu au-dessus de ma tête, ce bruit répété à terre, c'était mon panorama,

Deux années au Brésil. Partie 1  

Auteur : F. Biard Partie 1 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des A...

Deux années au Brésil. Partie 1  

Auteur : F. Biard Partie 1 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des A...

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