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VOYAGE

AU

BRÉSIL.

bouche. Cette façon de se servir de la lèvre en guise de plat me parut d'une grande commodité. Mes nouvelles connaissances avaient également de grands morceaux de bois pareils dans le lobe des oreilles. Sans cette précaution elles eussent pendu d'un demi-pied. Je fus très-content de cette rencontre, car je n'étais pas certain d'aller dans leur pays, qui pourtant n'est pas fort loin du lieu où je me trouvais. Ce fut la journée aux aventures : à peine revenu à mon travail, sous ma tente, j'entendis Manoël crier : Su Bia, un Bacourino! (Un sanglier!) Je me précipite hors de la tente; je prends mon fusil avec une certaine émotion. Un sanglier! voilà de la nourriture pour longtemps, en supposant que je ne sois pas décousu par l'animal. Là signo tali, no matto. (Là, seigneur; là, dans le bois.) Comme ce n'est pas un jeu d'enfant qu'un animal dont le caractère est loin d'être bienveillant, je mis une certaine prudence dans ma façon de me présenter à lui ; c'était le cas de glisser deux balles dans ma fameuse carabine. Je n'y manquai pas. Manoël, sur le courage duquel je ne comptais pas, avait grimpé sur un arbre, attendant l'événement. Il pouvait, de la place qu'il occupait, voir mieux que moi, dans l'intérieur du fourré plein de plantes grimpantes; et quand, ma carabine armée, je tâchais de découvrir le sanglier, Manoël, l'intelligent Manoël, se mit à crier : Bacourino de casas ! et un moment après je vis grouiller dans les herbes une

Deux années au Brésil. Partie 1  

Auteur : F. Biard Partie 1 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des A...

Deux années au Brésil. Partie 1  

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