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VOYAGE

AU

BRÉSIL.

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Paris, je voyais se réaliser complétement ce que j'avais rêvé. En commençant ce récit, j'ai fait une comparaison entre le courage qu'il faut pour quitter les êtres qui nous sont chers et celui dont on a besoin en présence des dangers probables dans certains voyages ; ainsi je m'étais senti bien plus seul dans les rues de Paris qu'au milieu de ces forêts sans issues, sans chemins frayés, où à chaque pas je pouvais faire une mauvaise rencontre, où j'avais mille chances de m'égarer pour ne plus revenir. Je suis bien embarrassé d'exprimer ce que je ressentais alors ; il me semble que c'était un mélange d'admiration, d'étonnement, peut-être de tristesse. Combien je me sentais petit en présence de ces arbres gigantesques qui datent des premiers âges du monde ! J'aurais voulu peindre tout ce que je voyais et je ne pouvais rien commencer. Hélas ! faut-il le dire, les moustiques me dévoraient : ils règnent en maîtres dans ces bois qui laissent à peine pénétrer quelques rayons de soleil, sur le sol où l'ombre épaisse entretient une humidité perpétuelle. Là jamais ne passe aucune créature humaine ; il faut se frayer des sentiers à coups de sabre. Si on s'arrête un instant, on est assailli de tous côtés. De ce premier jour de mes grandes excursions dans les forêts du nouveau monde je conserverai longtemps le souvenir. J'entends encore le cri des perroquets perchés aux plus hautes branches, ainsi

Deux années au Brésil. Partie 1  

Auteur : F. Biard Partie 1 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des A...

Deux années au Brésil. Partie 1  

Auteur : F. Biard Partie 1 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des A...

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