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VOYAGE AU

BRÉSIL.

un recueillement presque religieux; chaque coup de rame, en me rapprochant davantage de ces scènes grandioses, effaçait peu à peu le souvenir du passé. La rivière se rétrécit sensiblement, les deux bords se rapprochent, les mangliers disparaissent, l'eau douce remplace l'eau salée, des plantes aquatiques cachent le rivage, puis viennent des arbres immenses, tout couverts de parasites en fleurs, de ces orchidées nommées si justement les filles de l'air, vivant sans racines, suspendues souvent à des lianes, sans qu'il soit possible de comprendre comment et pourquoi le hasard les a placées là. Le lit de la rivière devient peu à peu si étroit qu'il est nécessaire de se baisser afin d'éviter les arbres penchés par l'action de l'eau, qui a ôté à leurs racines leur point d'appui. A chaque instant nous passons sous des arcades formées par des myriades de palmistes aux troncs si frêles, si élancés, qu'il semble, en les voyant de loin, que le moindre souffle de vent doive les briser. Mon hôte ne comprenait pas mon admiration quand je m'extasiais à la vue des formes bizarres que les plantes grimpantes chargées de fleurs donnaient aux arbres qu'elles enveloppaient, au point de leur faire prendre toutes les figures que l'imagination la plus riche puisse concevoir. Ce n'étaient pas seulement les sensations que j'éprouvais qui me faisaient voir des temples, des cirques, des animaux fantastiques, effacés à chaque pas que nous faisions pour être remplacés par d'autres images; car, dans

Deux années au Brésil. Partie 1  

Auteur : F. Biard Partie 1 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des A...

Deux années au Brésil. Partie 1  

Auteur : F. Biard Partie 1 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des A...

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