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VOYAGE

AU

BRÉSIL.

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mais si je gagnais en importance auprès des Indiens grands et petits, j'en perdais auprès des blancs, ce dont je me souciais fort peu. On sait déjà que la ville de Santa-Cruz possède la devanture d'une cathédrale. Je n'y ai pas vu d'autre monument digne d'être cité, sinon une fontaine nouvellement construite. Le reste est peu de chose : des maisonnettes placées sans symétrie, de l'herbe poussant partout dans les rues, un petit port abrité par des brisants. Pendant mon séjour forcé, j'entendais chaque jour les équipages de trois navires en chargement de bois chanter des airs bien monotones, soit en virant au cabestan, soit en hissant des pièces de bois. J'avais pris le parti, quand j'étais forcé de passer près de là, de me boucher les oreilles, afin de ne pas retenir ces notes dans ma mémoire; vaine précaution, car aujourd'hui, en écrivant, je m'aperçois que je les chante d'inspiration. Généralement ce sont des bois de palissandre qu'on envoie à Rio, et de là en Europe ; on les nomme dans le pays jacarandas. Les possesseurs de terrains qui font ce commerce se bornent plus spécialement à cette espèce; on n'apporte de l'intérieur à Santa-Cruz que les troncs coupés à la hauteur des premières branches. Là on les scie en deux avant de les embarquer. Le temps étant devenu favorable, on envoya chercher les Indiens. Il fallut courir de plusieurs cotés; ils vinrent avec répugnance, et je vis que ce voyage ne leur plaisait pas plus que celui qui

Deux années au Brésil. Partie 1  

Auteur : F. Biard Partie 1 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des A...

Deux années au Brésil. Partie 1  

Auteur : F. Biard Partie 1 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des A...

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