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VOYAGE

AU

BRESIL.

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tendu répéter mille fois, avec des gestes de désespoir, par mon compagnon : um cavallo sam sellim! et chacun de répéter en s'en allant, en levant les yeux au ciel, um cavallo sam sellim! Aucun n'oubliait de nous consoler par ces deux mots, qui sont le fond de la langue portugaise, comme le goddem en Angleterre, le dam en France : Tenho patiencia. Ce malheur qui nous frappait étant devenu presque une calamité publique, des officieux se répandirent de tous côtés, et deux selles ornées de leurs étriers nous furent apportées triomphalement, et nous partîmes, cette fois, tout de bon. Le pays que nous parcourûmes dans la première journée était loin de ressembler à celui que j'avais rêvé. La nature, bien loin d'être vierge, avait déjà subi de grandes modifications. Nous passions au milieu de défrichements entrepris depuis longtemps et abandonnés. Souvent il nous fallait entrer dans l'eau avec nos chevaux, et malgré toutes les précautions on se mouillait, nos montures enfonçaient jusqu'au ventre, il fallait se mettre presque à genoux; une fois, étant resté en arrière, quand je voulus traverser une grande pièce d'eau, je ne pris pas le bon chemin, mon cheval fut forcé de nager un instant. Le bain fut complet ; malheureusement l'eau était sale, sans cela j'en aurais pris parfaitement mon parti, car la chaleur était grande. Je souffrais beaucoup des pieds, les étriers, selon la coutume du pays, étant si étroits que je ne pouvais y placer que

Deux années au Brésil. Partie 1  

Auteur : F. Biard Partie 1 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des A...

Deux années au Brésil. Partie 1  

Auteur : F. Biard Partie 1 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des A...

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