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VOYAGE

AU

BRÉSIL.

pauvres diables, habitués à être traités avec douceur, ne pouvaient s'accoutumer à la pensée d'être esclaves d'un autre maître ; ils se révoltèrent, se barricadèrent; mais, après avoir opposé à une soixantaine de gendarmes une défense désespérée, après avoir été blessés pour la plupart, ils furent conduits à la prison nommée Correction. C'est là que les maîtres mécontents de leurs esclaves les font enfermer et quelquefois punir de la peine du fouet. Du reste les cruautés sont devenues très-rares au Brésil; cela tient peut-être à une cause intéressée; depuis que la traite est abolie, le nègre, qui autrefois coûtait mille ou douze cents francs, coûte six à sept mille francs. En somme, la vie du nègre, au Brésil, est bien préférable à celle de la plupart des malheureux colons auxquels on tient rarement parole ; car rien ne ressemble, en réalité, aux promesses que leur font les agents chargés de les arracher de leur pays. On rencontre dans les rues de pauvres gens de tous les pays, pâles, hâves, mendiant leur pain. J'ai vu deux Chinois, dont l'un était aveugle, recevoir l'aumône d'un vieux nègre. Il faut bien des conditions que probablement on ne fait pas connaître à l'avance, pour qu'un colon puisse vivre dans un pays vierge comme le Brésil : pour qu'il puisse récolter et profiter de son travail, il lui faut plus de deux ans ; s'il n'est pas soutenu, il est perdu. J'en ai bien souvent rencontré, qui, après avoir vainement employé toutes leurs ressources, revenaient malades, découragés, désespérés. Il faut

Deux années au Brésil. Partie 1  

Auteur : F. Biard Partie 1 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des A...

Deux années au Brésil. Partie 1  

Auteur : F. Biard Partie 1 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université des A...

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