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Le combat des Dineh contre les forages pétroliers À la demande de la compagnie pétrolière texane Boyd & McWilliams Energy Group, un juge fédéral de Salt Lake City a délivré un ordre d'arrestation contre M. Andrew Tso, conseiller tribal de la ville d'Aneth, et contre des Dineh traditionalistes de McKracken Mesa (dans la partie nord de la réserve navajo située en Utah). M. Tso et une centaine de traditionalistes, appelés «John Does »(1) par le juge, avaient formé une barricade humaine pour empêcher les forages pétroliers. « Le peuple est très en colère. Il ne veut pas des forages », déclare M. Tso qui s'était joint aux membres du clan Kaiyelli pour former la barricade.

La compagnie a obtenu un permis d'exploitation du Bureau Fédéral d'Aménagement Foncier (BLM) qui possède les droits sur le sous-sol de la réserve. Au regard de la loi, la compagnie n'est même pas tenue de solliciter un permis de passage auprès de la Nation Dineh. M. Mark Matyboy, conseiller de la communauté d'Aneth, soutient M. Tso. Il déclare: « Ces gens sont les plus pauvres de la réserve. Nous lutterons pour eux autant que nous le pourrons. Quand je suis devenu conseiller tribal, c'était pour défendre la souveraineté de la Nation. Mais il n'y a pas de souveraineté. N'importe qui venant de l'extérieur peut faire des forages avec un permis fédéral. » La Nation Dineh a refusé de fournir une assistance légale à M. Tso pour assurer sa défense. « Tout ceci m'a permis de comprendre que la Nation ne s'intéresse pas aux problèmes de son peuple» dit M. Maryboy qui dénonce une possible collusion entre le Conseil Tribal et les compagnies minières.

Volte-face du Conseil tribal

Défendre la souveraineté de /0 Nation Les membres de la communauté d'Aneth, cernés par 350 puits de pétrole et de gaz, souffrent de la pollution et se plaignent d'être exploités par les compagnies et par leur gouvernement tribal. Les dégâts écologiques sont immenses. L'eau est contaminée, l'air est gravement pollué, le bétail meurt. En 1990 et 1991, une centaine de fuites de pétrole et de produits chimiques se sont produites sur les terres de la communauté d'Aneth, affectant plus de 36 000 acres. Malgré les millions de dollars de royaltie.s versés aux Dineh, environ 75 % d'entre eux vivent sans électricité et sans eau courante.

-Pourtant, début février 94, un revirement inattendu du Conseil Tribal se produisait. Le Conseil de la Nation Navajo votait par 64 voix contre une et quatre abstentions pour exiger qu'un moratoire soit imposé non seulement sur les forages de la compagnie texane, mais sur tous les projets ultérieurs de forage, tout cela en dépit des vives objections de l'attorney général de la tribu et des mises en garde de quelques conseillers déplorant la perte des royalties. Dans sa résolution, le Conseil envisage de réexaminer la légalité des permis existants et se prononce pour l'élaboration d'un nouveau règlement tribal concernant la protection de l'environnement, calqué sur les lois fédérales, et qui prévoit des amendes pour les compagnies qui ne s'y conformeraient pas. Plusieurs conseillers avaient pris la parole en faveur de M. Tso dont ils avaient salué l'action courageuse. Il faut remarquer que le président Peterson Zah, qui avait soutenu la position de la compagnie, se trouve désavoué par le VOte du Conseil.

Mais le combat des Dineh contre les compagnies qui dévasten,t leurs terres sera difficile. Comme le soulignait le conseiller juridique de la tribu, la législation tribale pourrait n'avoir aucun effet sur les permis d'exploitation. Les États-Unis possédant les droits sur le sous-sol, l'État fédéral peut à sa guise accorder des permis. Il est probable que la mort suspecte, en octobre dernier, du militant écologiste dineh Leroy Jackson, qui combattait la déforestation de la réserve, a produit un choc dans l'opinion dineh et peut, en partie expliquer le revirement du Conseil Tribal qui avait jusque là privilégié le développement, la création d'emplois et le versement de royalties à la tribu.

(1) John Doe : terme légal désignant une personne non identifiée. Source: lndian Country Today, janvier / février 1994 Traduction Monique Hameau

EXPLOITATION DES RESSOURCES Le Conseil Tribal de la Nation Dineh (Navajo) vient d'approuver, par 45 voix contre 33 la création d'une corporation tribale pour l'exploitation du pétrole et du gaz sur la réserve, afin de créer des emplois et de procurer des revenus à la tribu. Il existe une forte opposition à ce projet, notamment dans la région de Four Corners, dévastée par la poUution. Le Conseil Tribal a également décidé d'accélérer l'exploitation des forêts de la réserve afin d'empêcher des licenciements d'employés de la scierie tribale. C'est le conflit entre la nécessité de créer des emplois et la préservation des ressources naturelles.

POLLUTION Des membres de la Nation Dineh ont intenté un procès devant la Cour tribale afin d'obtenir de la part des compagnies minières des compensations pour la pollution de la réserve et exiger la réhabilitation des sites, en particulier la décontamination des anciennes mines d'uranium. La pollution des eaux à Shiprock et à Tuba City est particulièrement grave.

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La révolte du Chiapas  

Auteur : Comité de soutien aux indiens des Amériques. Ce document est protégé par le droit d'auteur. Il ne peut en aucun cas être utilisé da...

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