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Un cri pour la survie Suite àla répression menée par /'armée mexicaine contre la révolte cles Incliens au Cbiapas, cie nombreuses organisations internationales cie cléfense cles Droits cie l'Homme ont clépêché sur place cles observateurs internation~ux. Nous vous proposons l'analyse cie l'un cie ces observateurs cie la première heure, Ramsey Clark, ministre cie la Justice cles Etats-Unis sous le gouvernement Johnson et actuellement le principal avocat cie Leonarcl Peltier. Ramsey aark s'est renclu ou Cbiopas pour se foire l'écho clu cri cles peuples indigènes.•. Le 1er janvier 1994, date de l'entrée en vigueur de l'Accord de Libre Échange Nord-Américain (1), les survivants de ]'empire maya du Chiapas tiraient un coup de feu qui retentissait dans le monde entier. Le gouvernement mexicain accusait immédiatement les prêtres, « ]' eau de feu» et les étrangers. Mais la vérité est transparente: il s'agit d'un grito de los Indigenes (2), un appel pressant des Indigènes, un cri pour leur propre survie. Interprété dans ce sens, cet appel peut sauver les 300 millions d'Indigènes de la planète, l'espèce humaine la plus menacée. Le soulèvement n'est pas une affaire insignifiante. Le Chiapas comprend plus d'habitants que le Panama ou le Costa Rica. Son taux d'expansion a été six fois supérieur à la moyenne mexicaine au cours de la dernière décennie, grâce à l'absorption d'une grande partie des pauvres qui, sans cela, auraient émigré aux États-Unis. Plus d'un million d'entre eux sont des Indiens non assimilés qui vivent sur leurs terres ancestrales et parlent, pour la plupart, l'une des langues maya. Les faits, aussi bien que la dimension symbolique de leur action, sont empreints d'une grande force. Les insurgés se sont emparés simultanément de la plupart des grandes villes et d'un grand nombre de villages à travers l'État, y compris San Cristobal de las Casas, peuplée de 75 000 habitants et destination privilégiée des touristes américains. Leur acte était plus symbolique que violent. Ils ont vidé et saccagé les bâtiments gouvernementaux, dont les tribunaux, brûlant le mobilier et les documents comme en un rituel. Ils n'ont usé de la force que lorsqu'ils rencontraient une résistance, aux postes militaires, ou lorsqu'ils ont attaqué les gardiens d'une importante prison et en ont fait sortir les pnsonmers. Les effectifs de 1'armée zapatiste dépassent d'une ou deux dizaines de milliers les chiffres avancés dans les rapports gouvernementaux. Ils sont bien entraînés, disciplinés

et leurs actions sont soigneusement planifiées, mais leur équipement militaire est extrêmement rudimentaire. Beaucoup n'ont que des machettes ou des fusils en bois. Cependant leur objectif n'est pas d'infliger une défaite au Mexique. Leur objectif est de sauver la vie et la culture de leur peuple face à l'assaut final mené par des forces étrangères qui, entre autres

Ramsey Oork. choses, recherchent des capitaux et de la main-d'oeuvre pour exploiter les ressources et assimiler les Indiens survivants. Les insurgés ont convaincu la région et, sans aucun doute, le gouvernement qu'ils étaient prêts à mourir pour leur cause. L'alternative est à leur yeux une mort lente, plus cruelle, déshonorante. Leur capacité à survivre et à continuer de mener des opérations militaires dans la plupart des endroits du Chiapas dépasse celle du Viet Cong au plus fort des opérations militaires US au Vietnam.

Répression gouvernementale Le gouvernement du Mexique, assis sur une poudrière à l'échelle du pays entier, avec ses barrios (2) urbains et ses communes rurales prêts à exploser, ses estancias et ses ejidos peuplés de dizaines de millions d'Indiens et de métis désespérément pauvres, a réagi de façon immédiate et vio-

lente. Tout d'abord, le gouvernement a changé radicalement de visage. Le ministre des Affaires Étrangères, Manuel Camacho Solis, le haut fonctionnaire le plus libéral du PRI, le parti politique au pouvoir, a refusé de mener les négociations au nom du gouvernement avec les Zapatistes. Le ministre de l'Intérieur, Patrocino Gonzalez Garrido, qui supervise la police fédérale, les prisons et l'application des lois, précédent gouverneur du Chiapas où il dirigeait un gouvernement brutal coupable de violations systématiques des Droits de l'Homme, a été remplacé par Jorge Carpizo McGregor, procureur général et ancien dirigeant de la Commission nationale des Droits de l'Homme. On peut se demander, comme les militants des Droits de l'Homme n'ont cessé de la faire, comment un homme à la réputation et au passé de Gonzalez Garrido a jamais pu être nommé ministre de l'Intérieur. Le Président Salinas a suivi la crise au jour le jour, se déclarant favorable à la conciliation, pour un cessezle-feu et pour l'amnistie. La rébellion ouverte a fait chuter le marché mexicain des valeurs, démontrant que l'ampleur du problème n'échappait ni aux puissances de l'argent, ni aux détenteurs du pouvoir. Les réactions du gouvernement sont en totale contradiction avec son discours. L'armée s'est mise en marche rapidement, mobilisant le gros de ses forces, bien équipée, dotée d'une importante puissance de feu. Elle a occupé la capitale Tuxtla Gutierrez et des villes importantes comme San Cristobal, ne rencontrant que rarement de résistance de la part des Zapatistes. Le retrait des Zapatistes prouve à la fois que la guerre n'était pas leur but et qu'ils savent que leur force ne réside pas dans les engagements frontaux. En plusieurs lieux, ils ont subi de très lourdes pertes. Les plus importantes sont survenues à Ocosingo où leur détermination téméraire à protéger la ville et l'effet de surprise produit par l'attaque militaire ont provoqué de durs combats.

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La révolte du Chiapas  

Auteur : Comité de soutien aux indiens des Amériques. Ce document est protégé par le droit d'auteur. Il ne peut en aucun cas être utilisé da...

La révolte du Chiapas  

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