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tribales hopi avec beaucoup d'abstentions. Alors le Conseil tribal hopi a abaissé l'âge du vote à 18 ans pour pouvoir utiliser et manipuler les jeunes. Ici, à Black Mesa, nous n'avons aucune retombée financière de ces projets. L'ancien chef du Conseil tribal navajo, Peter Mac Donald, a été condamné pour corruption. C'est le système de Washington. Nous vouIons notre propre système politique.

N. - Ya-t-il un conflit entre les Hopi et les Navajo, ainsi que le rapportent certains médias ?

J. B. - Au niveau des traditionalistes, il n'y a pas de conflit. J'ai de nombreux amis hopi que je rencontre régulièrement. Ce sont les deux Conseils tribaux qui se battent pour les ressources naturelles et le gouvernement fédéral soutient le Conseil tribal hopi, car ce dernier n'est qu'un nom pour une entreprise ; il ne représente pas les Hopi.

N. - Pourquoi le processus minier est-il irréversible?

J. B. - Une fois qu'on a exploité une mine à ciel ouvert jusqu'à 400 pieds de profondeur, on ne peut plus rien cultiver. Ils recouvrent le sol de quatre pieds de terre seulement. Nous avons rencontré la compagnie minière Peabodyet nous avons demandé à retrouver toutes les plantes qui poussaient ici avant. Nous avons besoin de ces plantes pour la médecine, la vannerie, le tissage. Nous avons besoin des arbres pour construire nos maisons (hogans), nos lieux de culte (ceremonial hogans). Nous utilisons une eau très pure, mais ils la prennent pour acheminer le charbon par pipeline dans le Nevada. Alors notre pays subit la sécheresse, le printemps n'est plus le même. Ils nous disent que cela n'a rien à voir, mais ils pompent des millions de litres d'eau chaque jour! En plus, ils la contaminent : 80 moutons sont morts empoisonnés. C'est notre vie traditionnelle qui est menacée. La plupart des gens qui vivent à Black Mesa ne savent pas faire autre chose que d'élever du bétail, ils n'ont pas d'éducation scolaire. Ils ne veulent pas que leur pays si joli soit détruit par la mine. Le président des États-Unis parle de droits de l'homme mais où sont-ils pour les Indiens?

poche, parce qu'avec beaucoup d'argent on peut manipuler les gens et faire des lavages de cerveau. L'argent va dans leur administration, il n'arrive jamais à la base, dans les communautés. Nous n'avons que des pistes en terre ici!

N. - Comment s'est déroulé le déplacementforcé? R. M. - En 1974, j'avais 14 ans. Tout est arrivé très vite. On nous a obligés à nous déplacer. J'étais au collège dans l'Utah. Toute la famille a été déplacée de l'autre côté de la frontière. Ensuite, ma femme, Apache mescalero, m'a abandonné avec nos cinq enfants, car on ne pouvait pas élever de bétail ici. Elle venait d'une famille qui avait des vaches, des chevaux, des moutons. Tous les gens de mon village sont des déplacés. Il y a maintenant des problèmes entre eux car tout le monde essaie d'avoir un permis pour élever des moutons. Il y a deux ans, il y a eu une grande tension car seule une famille a eu droit à un permis d'élevage. Je ne pourrai jamais avoir un permis car ils ne nous ont donné qu'un acre de terrain. C'est le Bureau des Affaires Indiennes, BIA (NDLR: instance dépendant du ministère de l'Intérieur fédéral) qui délivre les permis. Avant cela, je ne m'intéressais pas à la politique, mais j'ai dû l'apprendre car tout le monde ici est désorienté. Je ne comprends pas ce que veut le gouvernement. Est-ce un

rejeter les Navajo de l'autre côté de cette barrière. Les gens devaient réellement se battre pour eux-mêmes. Au début, il n'y avait pas d'espoir: "VOUS devez vous déplacer, vous n'avez pas le choix». Ensuite, beaucoup de gens de Big Mountain se sont retrouvés en prison parce qu'ils refusaient d'appliquer les restrictions imposées sur le nombre de têtes de bétail. Nous avons fait beaucoup de manifestations. Au début, personne ne voulait nous écouter. Même le Conseil tribal navajo n'était pas de notre côté. Tout ce qu'il disait était: {{ Vous devez appliquer la loi Il. Mais nous savons que les hommes politiques avaient fait voter cette loi au profit des compagnies minières. Les gens de Big Mountain se sont soutenus les uns les autres pour rester ici. Nous sommes cn train de faire une grande enquête en ce moment. Mais c'est très dur. Nous souffrons beaucoup dans cet endroit, mais nous voulons garder la terre et la beauté de la nature telles qu'elles sont. C'est pourquoi nous luttons. Nous voudrions de l'eau claire, de l'air bon à respirer, de beaux endroits pour habiter. C'est déjà ce que nous avons et nous voulons le protéger. C'est assez difficile de résister, mais les gens ne veulent pas se soumettre au gouvernement des États-Unis, car ils savent qu'il a trompé les Indiens pendant des siècles.

N.- Combien de gens restent encore à Big Mountain en violation de la loi de 1974 ?

jeu ? N. - Quelle a été la résistance au déplacement? J.B. - En 1979, le gouvernement fédéral, c'est-à-dire le BIA, a commencé à construire une clôture sur la ligne de séparation nouvelle entre Hopi et Navajo. Ils voulaient

J. B. - On peut dénombrer 250 tàmi!!es. Si on compte aussi les enfànts, les petitsenfants, etc., le nombre de résistants augmente. Pour l'instant, ils ne comptent que les plus âgés, ils n'incluent pas les jeunes. Je suis sùr que nous sommes plus d'un millier car j'ai fait moi-même la tournée des foyers.

Le plateau de Black Mesa, juillet 95.

N. - Que font les Conseils tribaux de l'argent qu'ils obtiennent de l'exploitation minière par les compagnies?

J. B. - Je pense qu'ils se le mettent dans leur 19

Résistance navajo  

Auteur : Comité de soutien aux indiens des Amériques. Ce document est protégé par le droit d'auteur. Il ne peut en aucun cas être utilisé da...

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