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Les Dineh se voient alors octroyer un rectangle semi-désertique autour de Four Corners (4), soit un dixième de la surface de Dinehtah. Ce territoire sera agrandi légalement d'année en année pour atteindre aujourd'hui environ 69 000 km', soit la taille du Sri-Lanka ou de la République d'Irlande. Il est peuplé d'environ 250 000 habitants, qui se consacrent à l'élevage des moutons et des chevaux, au tissage de la laine et, de plus en plus, à des emplois de services.

La découverte du charbon

lorsque la tribu dineh de Manuelito est mitraillée par des soldats américains déçus d'avoir perdu une course de chevaux. La guerre de Sécession retarde les hostilités. Les Mormons déclarent J'indépendance de J'Utah et arment les Dineh.

La déportation des Oineh En 1863, la nation dineh est très affaiblie, car le tiers de ses membres a été réduit en esclavage par les habitants du NouveauMexique. Son bétail est razzié, ses récoltes brûlées. C'est la curée de toutes pans sur Dinehtah. Les officiers américains partisans du dialogue sont relevés ou sont morts (comme Dodge). Le nouveau responsable du Nouveau-Mexique, le général James Carleton, fait déporter peu à peu 9 000 D ineh à l'est, dans un désert, à Bosq ue Redondo. Son but inavoué est d'en faire la proie des Comanches pour détourner ceuxci des fermes des colons. Des longues marches se succèdent. Le quart des survivants meurt de faim, de maladies ou des raids comanches sur le camp de concentration de Bosque Redondo. À Dinehtah, les fugitifs se cachent chez les Indiens huvasapai, à l'ouest, ou dans le Grand Canyon. À la suite de rapports alarmants, notamment celui de l'agent des affaires indiennes Keam (3), et du coût de la déportation, Barboncito, Manuelito et Ganado Mucho, chefs des Dineh déportés, parviennent, en 1868, à convaincre les États-Unis de la nécessité vitale de leur retour à Dinehtah, et des méfaits de l'esclavage, qui vient d'être aboli sur tout le territoire des États-Unis.

Depuis les années 1950, des ressources minérales, en abondance et de grande qualité, ont été découvertes sur le site de Black Mesa. Le Conseil tribal hopi (5), tombé en désuétude dans les années 1940, du fait du refus des Hopi de renier leur système politique traditionnel, a été réactivé dans les années 1950 pour permettre la signature d'accords entre une autorité légale reconnue par les États-Unis et les compagnies minières. De nos jours, la plupart des Hopi refusent toujours de voter aux élections du Conseil tribal, mais celui-ci bénéficie de l'appui des secteurs convertis à la religion des Mormons, qui se sont liés à la compagnie Peabody , dominée par les capitaux mormons. En 1961, le Conseil tribal hopi a signé un accord avec Peabody, portant sur l'exploitation des gisements de Black Mesa, en échange d'une rente annuelle de 500 000 dollars. Aujourd'hui, Peabodyexploite, sur le site de Black Mesa, la plus grande mine à ciel ouvert des États-Unis. Big Mountain n'est pas encore livrée à J'exploitation charbonnière mais la faille de minerai passe dessous. Le charbon extrait de Black Mesa, soit 7 millions de tonnes par an, alimente cinq énormes centrales électriques situées aux confins de la réserve navajo. Le Conseil tribal est devenu partie prenante de l'exploitation, touchant 4 % des bénéfices des extractions de Peabody effectuées sur le territoire qu'il contrôle. Le charbon est acheminé par pipe-line vers le Névada. De l'eau pompée directement dans les réserves souterraines charrie le charbon pulvérisé. La région, semi-désertique, est, du fait de cette ponction colossale d'eau, soumise à une sécheresse chronique. L'exploitation minière à ciel ouvert entraîne, outre la pollution de l'air et des cours d'eau, des destructions pédologiques (des sols) irréversibles. Les habitants de Black Mesa ne connaissent que ces retombées négatives, car les infrastructures restent, en dehors des sites des usines, dans un état déplorable. De plus, leur mode

de vie traditionnel est peu à peu détruit, avec comme seule perspective, la misère dans les ghettos urbains. Par un décret présidentiel de 1882, Big Mountain devenait lieu de résidence pour les Hopi et "autres Indiens". Une décision de la Cour Suprême de 1963 y avait reconnu l'autorité double du Conseil tribal hopi et du Conseil tribal navajo (6). Mais les Hopi mormons, modernistes et éleveurs voulaient obtenir J'autorité unique sur Black Mesa pour toucher tous les dividendes de Peabody. Ils ont obtenu une loi fédérale en 1974, instaurant la partition de ce territoire commun. En conséquence, une purification ethnique a été instaurée: la 000 Dineh et 100 Hopi devaient être déplacés vers leurs réserves respectives. Une frontière complexe a été dessinée en 1977 sur laquelle a été érigée une clôture métallique.

Résistance à Big Mountain Pour favoriser le départ des la 000 Dineh, le Bureau des Affaires Indiennes (BIA), instance fédérale chapeautant les réserves, a diminué en deçà du seuil de survie le minimum légal de têtes de bétail par famille, les bêtes excédentaires étant saisies par la police et les contrevenants sévèrement punis. Toute nouvelle construction navajo sur la réserve hopi a été strictement interdite, ainsi que toute réparation des bâtiments qui sont cependant souvent victimes de la foudre; les démolitions sont immédiates et les coupables incarcérés. La région est quadrillée par la police et les agents du BIA. Pour accélérer les départs, des tracteurs spéciaux et des épandages chimiques ont détruit des zones entières de végétation, alors que le Conseil tribal prétendait donner ces terres à des cultivateurs hopi. Sous la pression, des milliers de Dineh ont dû s'installer au-delà de la clôture-frontière.

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Résistance navajo  

Auteur : Comité de soutien aux indiens des Amériques. Ce document est protégé par le droit d'auteur. Il ne peut en aucun cas être utilisé da...

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