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Pérou

Le vol légal des terres indiennes Nitassinan vous propose l'interview de Mino Eusebio Castro, vice-président de l'Association inter-ethnique pour le développement de la forêt équatoriale péruvienne (AIDESEP), réalisé par le South and Meso American Indian Rights Center (SAIIC). Eusebio Castro est ashaninka. Les craintes que nous avions exprimées dans notre

numéro 38 se confirment: les Ashaninka qui ont dû quitter leurs terres ravagées par les con~its entre guérillas marxistes et armée sont en train d'être dépossédés de leurs terres ancestrales, en vertu de la nouvelle Constitution péruvienne de 1993, qui permet à l'État de vendre par adjudication les terres "abandonnées". Et il en est de même pour tous les Indiens de l'Amazonie péruvienne. maintien de la biodiversité et pour assurer un avenir aux communautés indiennes de l'Amazonie?

SAlIC - Parle-nous de toi et de ta communauté. Eusebio Castro - Mon nom dans ma langue maternelle est Naaperori Shirampari Ashaninka. Je suis ashaninka. Les Ashaninka sont l'un des 63 groupes qui habitent la région amazonienne du Pérou. Traditionnellement, les Ashaninka étaient une société guerrière qui contrôlait une aire magique. Nous vivions de la pêche et de la chasse et nous commercions avec les autres communautés indigènes. Mais tout cela a changé et notre histoire a été ravagée par les mensonges et les fausses promesses. Nos droits indigènes ont été bafoués et nombre de nos femmes ont été violées. Il y a même eu des cas d'esclavage.

SAlIC - Quelles ont été les principales menaces contre les Ashaninka ? E. C. - L'exploitation du bois par des colons a entraîné beaucoup de violence. Les groupes de guérilla du Sentier Lumineux et du mouvement révolutionnaire Tupac Amaru ont aussi violé nos droits indigènes. Ils nous ont opprimés et ont tué les enseignants bilingues et nos chefs. Nous avons bien tenté de résister, mais nous n'avions pas d'armes sophistiquées. Si nous nous étions défendus et avions tué quelqu'un, la Constitution péruvienne aurait permis que nous soyons jugés pour assassinat. Ainsi, nous étions entre deux feux.

SAlIC - Comment l'AIDESEP prépare-telle la défense des territoires pour le

E. C. - L'AlDESEP a un programme d'instauration de réserves communales. Dans la zone de Guayali, nous avons obtenu plus de 100 titres de propriété pour les communautés. Il en reste 80 qui doivent être signés. Il y a beaucoup d'obstruction au ministère de l'Agriculture à cause du lobby des compagnies forestières. Dans la nouvelle Constitution péruvienne, les articles 82 et 83 stipulent que nos terres peuvent être saisies si l'État les considère comme "abandonnées". Elles peuvent ainsi être prises par ceux qui ont le pouvoir économique le plus important, c'est-à-dire les compagnies pétrolières.

SAlIC - Avez-vous des terres que vous considérez comme "abandonnées"? E. C. - Traditionnellement, il n'y a pas pour nous de terres abandonnées, car nous considérons l'espace d'une manière intégrée. Nous essayons de prendre l'initiative pour protéger et gérer la riche biodiversité de la région.

gouvernement, alléguant que cela avait été fait sans le consentement de la communauté. AIDESEP a envoyé des lettres de protestation à Occidental Petroleum, qui a donné des réponses vagues, disant qu'ils se préoccupaient de l'impact sur l'environnement. Mais quelques mois auparavant, nous avions constaté un déversement considérable de pétrole dans la rivière Pastaza. Cela signifie que toute la flore et la faune ont été empoisonnées. Or, les Candoshi ne peuvent survivre sans pêche et sans chasse. Dans la communauté de San Juan, la compagnie pétrolière a proposé d'indemniser les gens qui seraient déplacés en dehors de l'aire. Ils sont venus avec des vêtements et des médicaments. Le conseil général candoshi a déclaré ces actions illégales. Il a repris tout ce qui avait été donné aux familles et a demandé à la compagnie de quitter les lieux. Ceci a suscité la réaction de la compagnie et du ministère de l'Énergie.

Source,' Abya Yala News, printemps 1995. Traduction,' Fabrice Mignot.

SAlIC - Quels ont été les principaux problèmes concernant les compagnies pétrolières dans les aires indigènes de l'Amazonie péruvienne? E. C. - La communauté candoshi a été la plus affectée par l'exploitation pétrolière. Elle est située dans la région septentrionale entre les rivières Marannon et Pastaza. Occidental Petroleum a acheté le lot numéro quatre. AlDESEP et la communauté candoshi ont émis des protestations auprès du

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Résistance navajo  

Auteur : Comité de soutien aux indiens des Amériques. Ce document est protégé par le droit d'auteur. Il ne peut en aucun cas être utilisé da...

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