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CHEZ NOS I N D I E N S .

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rive gauche de l'Itany, immédiatement au-dessus de Kroboï Soura. Les Yapocoyes sont vêtus comme les Roucouyennes et ont à peu près les mêmes mœurs. Ils comprennent la langue ouayana (ou roucouyenne). Les Roucouyennes n'ont avec eux que des rapports de chasse et de pêche dans l'Itany, mais ils n'ont jamais voulu s'aventurer dans les villages yapocoyes qui ne sont pas loin, parait-il, dans l'intérieur. De leur côté, les Yapocoyes ne sont jamais allés non plus dans les villages roucouyennes. Ces Indiens s'étendent assez loin, paraît-il, dans l'intérieur, jusqu'aux environs du village d'Apoïké. Les anciens villages roucouyennes sont déjà nombreux sur les rives de la Moyenne Itany. Les villages sont obligés de se déplacer fréquemment : les produits de l'abatis ne suffisant pas à la consommation, les Indiens n'élevant pas d'animaux domestiques, quand le gibier et le poisson d'un district sont épuisés, il faut aller ailleurs. C'est en somme à cette loi, commune à tous les peuples primitifs, qu'ont obéi les Bonis en descendant du Marouini 1

dans la Haute Aoua, puis dans la Moyenne Aoua . J e compte dans la Moyenne Itany trois anciens villages et deux anciennes habitations isolées, le tout rive gauche. On me montre même, toujours rive gauche, un peu en amont de Kampé Soura, une habitation que des Émerillons, sortis de l'Inini, étaient venus établir dans ces parages si éloignés de leur tribu. Sous le grand-man Atiaba, une cinquantaine d'Émerillons descendirent de l'Inini et demandèrent la permission de s'établir dans l'Itany. Atiaba refusa en leur disant qu'ils étaient de mauvais Indiens qui ne faisaient que vagabonder, qu'ils étaient récemment sortis de l'Approuague, que maintenant ils voulaient sortir de l'Inini et que sans doute ils devaient traîner quelque maladie à leur suite. Les Émerillons restèrent assez longtemps à Cottica, puis, petit à petit, se dispersèrent. Ce furent quelques-uns de ces Émerillons qui, malgré la défense d'Atiaba, vinrent s'établir à Kampé Soura, où ils ne restèrent pas longtemps. J e fais, dans la Moyenne Itany, un peu au-dessus de Kroboï Soura, un baptême géographique; c'est celui d'une crique, non indiquée sur la grande carte hollandaise, et qui a quinze mètres de largeur à l'embouchure. J e donne à celle crique le nom d'un de mes prédécesseurs, celui du médecin de marine Chevalier, qui, antérieurement à Crevaux, se rendit une fois au

1. Il finit dire aussi que la productivité des terres hautes ne tarde pas, faute d'engrais, à s'épuiser, ce qui oblige à faire fréquemment de nouveaux abatis en terre vierge.

Chez nos Indiens, quatre années dans la Guyane française (1887-1891). Partie 1  

Auteur : H. Coudreau Partie 1 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université de...

Chez nos Indiens, quatre années dans la Guyane française (1887-1891). Partie 1  

Auteur : H. Coudreau Partie 1 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université de...

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