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H I S T O I R E DE L ' O Y A P O C K .

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construisirent d'abord l'église. Un charpentier avait été mandé de Cayenne, les Indiens abattaient, équarrissaient eux-mêmes le bois nécessaire. Pour acquitter les 1 3 0 0 livres que le P. Lombard était convenu de payer au charpentier, les hommes firent des pirogues et les femmes des hamacs jusqu'à concurrence du montant de cette somme. Comme l'Église devait être couverte en bardeaux et que les Indiens ne connaissaient pas ce travail, le P. Lombard envoya vingt Indiens travailler chez un créole de Cayenne qui, en échange, envoya à Kourou deux nègres sachant faire les bardeaux. L'église finie, on acheva de faire les abatis et de construire les cases du village. En 1 7 5 0 , le P. Dumolard, qui servait à la Mission de Kourou sous les ordres du P. Lombard, dirigea la construction d'une maison européenne pour les missionnaires, qui jusqu'alors avaient habité sous de grands hangars à l'indienne. En 1 7 5 5 , le village était terminé. Les rues du village étaient tirées au cordeau et aboutissaient à une place publique au milieu de laquelle était l'église. Le P. Lombard avait fait établir deux infirmeries, une pour les hommes et l'autre pour les femmes. Il avait fait fortifier, fraiser, palissader et bastionner le village par les Indiens. « Il faut rester longtemps dans la même tribu pour réussir » , disait le P. Lombard. Mot profond et qui mérite d'être médité. Mais le P. Lombard avait réussi. Beaucoup d'Indiens de

l'intérieur

venaient se fixer au village de Kourou. En 1 7 5 8 , le P. Lombard envoya le P. Caranave réduire en mission les Galibis de Sinnamary. Des tribus de l'intérieur envoyaient demander des missionnaires au P. Lombard. Un grand malheur, en 1 7 4 4 , entrava l'essor de la Mission de Kourou et de celles, récemment établies, de l'Oyapock. Le corsaire américain Potter détruisit, en celte année 1 7 4 4 , le poste d'Oyapock, et bien que la tentative du corsaire sur le district du P. Lombard eût échoué à moitié, les Missions de Guyane en subirent un arrêt dans leur développement. Cependant le très habile P. Lombard sut se relever bien vite. Et en 1 7 6 2 , lors de l'expulsion des Jésuites de la colonie et de la dispersion des Missions, qui furent abandonnées — malheur bien plus grand que celui qu'aucun corsaire aurait pu nous causer, — 8 0 0 0 Indiens convertis, soumis, réduits, relevaient de la Mission de Kourou et des Missions voisines ses suffragantes, de Cayenne au Maroni. Ce fut l'œuvre du P. Lombard, qui passa 5 5 ans de sa vie à fonder nos Missions de Guyane. On conçoit qu'en 1 7 2 5 , lors de la fondation de la colonie militaire du Bas Oyapock, le Gouvernement, voyant le succès de la Mission des Galibis

Chez nos Indiens, quatre années dans la Guyane française (1887-1891). Partie 1  

Auteur : H. Coudreau Partie 1 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université de...

Chez nos Indiens, quatre années dans la Guyane française (1887-1891). Partie 1  

Auteur : H. Coudreau Partie 1 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université de...

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