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L E « MARAKÉ » .

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que les cheveux se dressent sur la tête, ils restent absolument tels qu'ils étaient. Pendant

que

l'on donne le maraké à ces quatre malheureux,

de

nombreux amateurs, pour commencer les fêtes qui vont suivre, se sont donné à eux-mêmes un petit maraké ravigotant, avec des manarets minuscules. Ils font aussi bénéficier du remède leurs amis, qu'ils s'amusent à piquer là où ils les attrapent, et leurs chiens, qu'ils piquent sur le nez, sous le ventre et qui se sauvent en hurlant. Les piqués vont garder le hamac pendant dix jours. Ils resteront six jours sans boire d'eau et sans tremper la cassave dans le bouillon; ils ne mangeront que de la cassave sèche. Ceux qui sont mariés ne cohabiteront pas avec leur femme. Ce soir, quand leur fièvre sera passée, on leur coupera les cheveux, comme à un Mérovingien que l'on dépose. Sous leur petit pacolo, les quatre malheureux sont en proie à une forte fièvre. Un feu vif, entretenu sous les hamacs, ranime les évanouis et procure bientôt à tous une transpiration abondante et le sommeil. Pendant qu'ils dorment, la douleur, la fièvre, leur font faire inconsciemment des mouvements désordonnés dans leur hamac. Parfois on est obligé de les attacher, sans quoi ils tomberaient dans le feu. Ces balancements vigoureux font tressauter le petit pacolo, dont toutefois pas une plainte ne sort. Le maraké des jeunes filles ne se fait jamais en même temps que celuici. Ce n'est pas un maraké important, il se fait sans cérémonie, sans fêtes ni danses, en famille. Pendant que nos quatre malheureux sont en proie à la fièvre dans leur pacolo, nous, nous continuons la fête. Les Indiens simulent une scène de chasse. Deux d'entre eux, qu'on est convenu de prendre pour des macaques, font semblant d'aller

déranger

les malades dans leur pacolo. On les flèche, en simulacre, et on les apporte dans des catouris, pour de bon. C'est un peu lourd, un Indien de cinq pieds, dans un catouri. Ils chassent successivement de la même manière des Indiens qui sifflent comme le maïpouri, grognent comme le cochon marron, et qui sautent à quatre pattes autour du village. Ces grands

enfants

trouvent

cela extrêmement récréatif. C'est sous les hamacs des malades que les animaux vont toujours se réfugier. La victoire reste toujours aux Indiens sur les cochons ou les maïpouris. Plusieurs de ces animaux jonchent le sol de leurs cadavres. On les charge dans des catouris et on les apporte au pacolo de fête. Là on pique, avec des petits manarets d'amateur, les bêtes, qui

Chez nos Indiens, quatre années dans la Guyane française (1887-1891). Partie 1  

Auteur : H. Coudreau Partie 1 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université de...

Chez nos Indiens, quatre années dans la Guyane française (1887-1891). Partie 1  

Auteur : H. Coudreau Partie 1 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université de...

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