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CHEZ NOS I N D I E N S .

la couleur noire le dissimulait dans le bois, et à la brume il tombait à l'improviste sur les chasseurs qui rentraient, ou sur les villages où il ne se trouvait que des femmes. Puis il disait le lendemain qu'il avait vu, la veille, des nègres se promener dans la forêt. Quand il était à la chasse et qu'il avait tué un couata qui était resté « croqué » (accroché)

dans

les hautes branches, il faisait grimper son compagnon, qu'il s'amusait alors à flécher. Bref, un vrai Croquemitaine. Notons encore que les Roucouyennes, qui ont vu les Oyaricoulets, ne les présentent nullement comme des Indiens blancs, blonds, barbus et à longues oreilles. Ce sont là des fables de vieux Bonis bavards. Ce sont des Indiens comme tous les autres Indiens de la Guyane. « Au fait, si nous allions les voir, dis, Apatou? » Apatou, qui a terminé ses trois canots, vient d'arriver au village. Touanké part pour une grande chasse à l'Atouptoc : à son retour aura lieu le maraké, que j e tiens à voir, puis nous

partirons

pour

descendre

de Chinalé à Saint-Laurent et nous rendre de Saint-Laurent à Cayenne. Car j ' a i réussi à déterminer les Roucouyennes à m'accompagner j u s qu'au chef-lieu de la colonie. Personne ne les y avait amenés

depuis

Leblond en 1 7 8 8 , il y a juste cent ans. Ils avaient pris alors par le Camopi et l'Oyapock. Ce sera la première fois qu'ils descendront le Maroni. Les Bonis les avaient toujours empêchés de poursuivre au-dessous de Cottica, sauf deux ou trois d'entre eux qui purent forcer la consigne et se rendre jusque dans le bas fleuve. Acouli sera le chef de l'expédition. Il vient avec son neveu Mayarou. Touanké me donne son fils Païké. Yacana et Counicamane complètent la troupe. Counicamane emmène sa femme Alili, celle qu'il ne bat jamais, bien qu'il l'aime le plus. L'autre et la paralytique garderont la maison. Toutefois, en attendant le maraké et notre départ, nous continuons la suite de notre vie, au j o u r le j o u r , sans incidents, sauf quelques gémissements et quelques chansons, faits divers qui remplissent d'ailleurs partout une bonne partie des colonnes de la gazette de la vie. Ici, quand quelqu'un est gravement malade, il est d'usage que son père ou son plus proche parent entonne, pendant que le patient gémit, la plus triste des chansons des pleurs, une espèce de chant d'agonie. Ce duo de gémissements et d'un chant de désespoir, entendu la nuit, est sinistre. « Père, j e vais m o u r i r » , répète en râlant d edouleur la fille de Toumtoum. Et Toumtoum, grave, assis au pied du hamac de sa fille mourante, chante, en pliant avec effort au rythme de sanglots qui ne sont point simulés, une mâle

Chez nos Indiens, quatre années dans la Guyane française (1887-1891). Partie 1  

Auteur : H. Coudreau Partie 1 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université de...

Chez nos Indiens, quatre années dans la Guyane française (1887-1891). Partie 1  

Auteur : H. Coudreau Partie 1 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université de...

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