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L E S GRANDES DANSES.

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sent à jet continu sur les abeilles qui se roulent à leurs pieds : c'est l'usage, ainsi le veut la coutume. C'est dans une grande flaque de chacola que ceux des abeilles prennent

leurs

ébats. « Ce n'est pas sale, c'est blanc » ,

disent-ils. Ni eux ni les ponistes ne sont ivres. Pendant que ceux du ouanépoc font cent grimaces sous les vomissements des ponistes, on natte les cheveux de ceux-ci, on y mêle des espèces de feuilles de laurier, on leur fait de petits cadeaux : un petit pagara contenant une pelote de coton, un bout de canne à sucre, un morceau de cassave, cadeaux sans valeur intrinsèque, mais d'une valeur inestimable comme souvenir de la femme qui a donné. Encore un dernier rite. Les artistes de la danse des abeilles ne reçoivent plus maintenant sur la tête les vomissements des ponistes, mais bien dans des couis qu'ils vident avec empressement, vomissant à leur tour ce vomissement qu'ils ont avalé, lequel est recueilli au passage par un confrère qui l'ingurgite lestement et le fait circuler de la même manière. Le même coui de chacola passe successivement par dix estomacs avant d'être définitivement employé à servir de pommade pour les cheveux d'un des artistes des abeilles. Les ouanépoc souillés font aux ponistes, propres, peints et parés, la conduite jusqu'au prochain abatis. Les premiers s'en retournent au village après avoir pris un bain fort nécessaire, les seconds couchent à l'abatis pour continuer le lendemain leur route vers leur village. Quelle est l'origine de cette étrange danse du pono ? J e ne sais. La danse la plus artistique que connaissent

les Roucouyennes est

l'acomeu. Au coucher du soleil débouchent dans l'abatis des Indiens magnifiquement parés. Leur costume est une complication de celui du toulé. Ils ont la couronne de plumes blanches horizontales, la collerette de

plumes

blanches et noires entourant les reins, à chaque poignet et à chaque avantbras une blanche acaoualé tombant jusqu'aux jarrets quand ils ont les mains abaissées ; sous la collerette des reins, un ornement fait d'une écorce blanche aux lanières flottantes ou bien de petits écheveaux de coton blanc, ornement tombant jusqu'à mi-cuisse ; une jupe d'indienne de couleur claire, ouverte sur le côté, et tombant par devant et par derrière jusqu'à la cheville au-dessus d'un large calembé rose ou bleu clair guère moins long, à chaque cheville un gros paquet de graines de couayes. De la main gauche ils tiennent une branche grosse comme le doigt, droite et lisse, surmontée d'une touffe de feuilles vert pâle. Une

Chez nos Indiens, quatre années dans la Guyane française (1887-1891). Partie 1  

Auteur : H. Coudreau Partie 1 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université de...

Chez nos Indiens, quatre années dans la Guyane française (1887-1891). Partie 1  

Auteur : H. Coudreau Partie 1 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université de...

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