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CHEZ NOS I N D I E N S .

rivière Araïmoura, sur le bord de laquelle se trouvait jadis, au pied de Tacapafare, un grand village entouré d'immenses abatis. Un peu en aval du confluent de l'Araïmoura, le Marouini reçoit deux grands affluents de droite, chacun de l'importance de l'Alama, c'est-à-dire d'environ 5 0 kilomètres de cours : le Pitandé en amont et l'Amana en aval. Ces deux

rivières prennent

leurs sources non loin de celles du

Couyary et du Camopi. Ce second j o u r , après une heure de marche, il faut nous arrêter. 11 n'y a plus de sentier. J'envoie les Indiens en avant, sabrer une trace. Le troisième jour est un jour d'une heure et demie. Nous franchissons Caïmot Palare, qui a 4 5 0 mètres, et nous nous arrêtons sur les bords de l'Atouptoc, grand affluent de gauche du Marouini. A notre droite se trouve l'ancien « grand village » de Ouané, père de Touanké. On trouve encore des ignames dans l'abatis que la forêt a reconquis. A notre gauche, sur le flanc sud de Caïmot, se trouvent Erouqueu Patare, Iro Patare et Araïmoura Palare, formant une petite chaîne qui s'étend de l'est à l'ouest, entre les deux criques Araïmoura et Atouptoc. Le Marouini coule à une heure d'ici. Les hommes y vont flécher des aymaras. Dans l'Atouptoc nous trouvons les tomates indigènes, les counouis, qui poussent dans le lit de la rivière. Les poissons mangent les counouis qui tombent. On trouve aussi des counouis au Marouini, dans les anfracluosités des rochers. On rencontre, sur les bords de la crique Amana, un papayer, dont les oiseaux auront sans doute apporté la graine jusque-là, et, dans la forêt, des ignames, provenant peut-être d'un grand abatis; ou peut-être ces ignames sont-elles indigènes. On trouve bien une bananeraie naturelle dans l'Alaméapo, affluent-dé droite du haut Yary, des rizières et des champs de canne à sucre indigènes, sur plusieurs points de la Guyane centrale. Ces excellents Roucouyennes veulent m'empêcher de faire un long séjour dans le pays de Mitaraca. Ils font des journées d'une heure et demie, et la nuit ils se lèvent pour manger la cassave. Quand la cassave sera finie, il faudra bien retourner. Le soir du troisième jour, un incident tragi-comique égayé la monotonie du bivouac. Mon inénarrable Gouacou, s'étant pris de querelle avec Apatou, entre dans un accès de fureur : il dépèce le boucan, jette les aymaras dans le bois, menace Apatou de son fusil et vient me réclamer 1

impérativement sa ration de bacaliau . Il n'est qu'un argument que cette 1. Le boucan : le trépied à rotissage des anciens boucaniers. Bacaliau : sorte de morue franche d'Amérique, nourriture administrative des forçats, des rationnaires, des ouvriers de placer.

Chez nos Indiens, quatre années dans la Guyane française (1887-1891). Partie 1  

Auteur : H. Coudreau Partie 1 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université de...

Chez nos Indiens, quatre années dans la Guyane française (1887-1891). Partie 1  

Auteur : H. Coudreau Partie 1 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université de...

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