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L E V I L L A G E DE P E I O .

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peut atteindre. On obtient l'eau, la sève ascendante, en ramenant dans la bouche le bout supérieur, taillé en biseau pour plus de commodité. La section l'aile à la liane montre une surface pleine, compacte, herbacée, mais fort dure, et percée de petits trous presque imperceptibles par lesquels l'eau s'écoule. Deux mètres de liane donnent environ un demi-litre d'une eau très fraîche et un peu douce. Une autre variété, à la surface et dans l'intérieur de laquelle se trouvent des fourmis, donne une eau rougeâtre et amère fort désagréable à boire. Mais si nous nous sentons pris par le sommeil, prenons garde au mancenillier de Guyane,

assez commun aux Tumuc-Humac. Malheur à qui

tombe dans son ombre, comme dans des rets. Il s'y endort,

parfois toute

une journée, et en demeure malade pour plusieurs jours. Bienheureux si le tigre ne l'a pas réveillé. Une autre liane jouit aussi de ces funestes propriétés, c'est Youet, qui pousse sur les endroits sales des montagnes. Il ne nous faut point chercher de ruines dans la campagne de Pililipou. Ces sites ont pourtant vu se succéder depuis un siècle et demi bien des villages et bien des tamouchis. Mais ici l'homme passe sans même laisser un griffonnage sur le registre des visiteurs, et tel qu'une ombre sur un mur. Il ne reste rien de leurs maisons de paille, de leurs sentiers à peine tracés, de leurs plantations éphémères. Ils ne nous ont pas laissé un signe sur un rocher, pas un tertre, rien qui dénote l'œuvre de leurs mains. Leurs os mêmes, ils les ont brûlés, et le vent en a dispersé la poussière. Des hangars croulants qui durent à peine cinq ans avant de s'effondrer sur le sol déjà recouvert d'arbustes, des vestiges d'abatis abandonnés reconnaissables encore pendant cinquante années, des sentiers repris par la végétation du sous-bois au bout de deux hivers : telles sont en effet les seules traces matérielles de l'histoire des Indiens. En dehors de cela il faut consulter nos annales coloniales qui, de temps à autre, projettent

une

vague petite lueur sur ces épaisses ténèbres, et surtout il faut interroger la tradition. Quelques polissoirs, quelques haches de pierre, quelques rares dessins sur les roches des cours d'eau, vestiges que l'on ne trouve pas toujours et que j e n'ai point rencontrés aux environs de Pililipou, n'apprennent rien autre chose quand on les voit, sinon que jadis des Indiens existaient là. Avant de poursuivre à travers les Tumuc-Humac, nous devons d'abord une visite à nos voisins du village de Peïo et au futur « grand village » de Chinalé. Peïo, le tamouchi Peïo — tamouchi parce qu'il a plus de soixante ans,

Chez nos Indiens, quatre années dans la Guyane française (1887-1891). Partie 1  

Auteur : H. Coudreau Partie 1 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université de...

Chez nos Indiens, quatre années dans la Guyane française (1887-1891). Partie 1  

Auteur : H. Coudreau Partie 1 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université de...

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