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CHEZ NOS I N D I E N S .

poser le blanc contre eux, les Roucouyennes ne cessent de me désigner Counicamane le velu, l'Indien à favoris, l'arrière-petit-fils de la Dujay, sous la périphrase glorieuse de Parachichi

pitani,

le fils de la Française.

Counicamane est un garçon de trente-cinq ans, très intelligent, érudit dans la tradition, complaisant et de relations sûres. Il a trois femmes; il bat souvent les deux plus jolies, deux douces créatures à peu près fidèles, mais il raffole de la plus laide, qu'il se garde bien de frapper jamais, mais qui le trompe quotidiennement. Et l'on connaît maintenant toute la société de Pililipou. Cela fait au total, enfants compris, une cinquantaine de personnes. L'architecture de Pililipou ne saurait nous entraîner à une longue description. Notre maison est un hangar ovale. Les autres pacolos sont des hangars plus ou moins circulaires, surmontés d'un toit à peu près conique descendant jusqu'à 2 mètres du sol. Les poteaux qui supportent le toit supportent aussi un plancher fait en lattes attachées entre elles. Dans cette sorte de plancher, plancher assez bien joint et élevé d'environ trois mètres au-dessus du sol, est ménagé un petit trou où accède une échelle faite d'un petit tronc d'arbre entaillé ou d'une échelle de meunier à l'européenne, dont les échelons sont fixés aux montants par des lianes. Seule l'otomane n'a pas de plancher; toutes les autres maisons roucouyennes ont un étage. La nuit, on dort là-haut, au premier, autour d'un feu qui brûle dans un foyer fait d'argile réfractaire. Ce foyer, de forme circulaire et mesurant environ 1 m. 7 0 de diamètre, se compose d'une plaque d'argile avec des rebords verticaux de 2 5 centimètres de hauteur. En bas, c'est l'appartement diurne avec le mobilier indien: en haut, c'est l'appartement nocturne, à l'abri des insectes ou à peu près. Cependant il est des saisons où les insectes sont tellement envahissants qu'il faut se réfugier dans

l'itouta-

pacolo, la maison de la forêt, au toit descendant jusqu'à terre et hermétiment close, où les insectes ne pénètrent pas. Il faut balayer fréquemment en bas et en haut, sans quoi la vermine ne larde pas à envahir encore, et, malgré ces précautions, il est bien rare que le foyer du premier étage n'attire pas des scorpions entre les lattes des planches, et des serpents dans les feuilles de la toiture. Dans de petits ajoupas, à côté des cases, quelques chiens, de vilains chiens sans race, petits, maigres, ne sachant pas chasser : abominables roquets toujours jappant. Quelques perroquets, aras, hoccos, agamis, deux douzaines de coqs et de poules élevés pour leurs plumes : voilà tous les animaux domestiques de Pililipou.

Chez nos Indiens, quatre années dans la Guyane française (1887-1891). Partie 1  

Auteur : H. Coudreau Partie 1 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université de...

Chez nos Indiens, quatre années dans la Guyane française (1887-1891). Partie 1  

Auteur : H. Coudreau Partie 1 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université de...

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