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CHEZ NOS I N D I E N S .

le président de la Commission franco-hollandaise de

1 8 6 1 , M. Vidal.

Heureuses les Commissions internationales! Apatou, qui y faisait ses premières armes, me raconte que l'on y vivait bien. On voyageait avec huit grands canots. On emportait un four pour cuire le pain quotidien. On était abondamment pourvu de vin, de bière, de liqueurs. Tous les jours que le bon Dieu faisait on s'arrêtait à une heure ou deux de l'après-midi pour les apprêts du repas du soir. A cinq heures, au sacramentel : « Monsieur est servi», c'était comme à bord d'un vaisseau amiral. C'est ainsi que j'aimerais à comprendre les voyages d'exploration. M. Vidal a aussi sa montagne, un peu plus haut, avant d'arriver chez Apoïké. C'est Crevaux qui la lui a donnée. Moi aussi j e veux avoir ma montagne. J'aime les montagnes; c'est ferme, c'est solide, tandis que les criques sont trompeuses, infidèles, cela vagabonde, et dans ce pays-ci les hommes s'amusent à les détourner pour de l'or. Mais j e veux en j o u i r vivant, de ma montagne. Ne connaissant pas ceux qui « entreront dans la carrière quand leur aîné n'y sera plus » , j e ne puis m'en rapporter à eux. J e vais me choisir, par les Tumuc-Humac, quelque haut pic solitaire et sourcilleux, surmonté de roches de quartz blanc : telle la haute tour d'un vieux burg au milieu de campagnes désertes. Ma montagne ! ce sera probablement la seule chose qui restera jamais de ma banale existence. Si toutefois l'on ne me débaptise pas

bientôt

comme une simple rue de Paris. Il en sera de moi, évidemment, ainsi que de nous tous à quelques années près, comme de ces anciens villages et de ces anciennes habitations roucouyennes que la tradition dit avoir jadis existé ici sur les rives de l'Itany déserte. Pas un fétu qui révèle le passé, qui dise : « J'étais » . La forêt vierge a tout repris, tout effacé et ne se souvient pas. « Tout est tombé, tout est évanoui, tout est échappé. » J'ai du moins la joie présente de t'avoir, ô père Yélou, immortalisé dans mon levé en trois feuilles du majestueux Maroni. Aussi, tout en pagayant vers la postérité, pagaye gaiement, vieux squelette, vers la bouche de l'Alama. L'Alama, à son confluent, a 1 5 mètres de largeur. En ce point l'Itany en mesure 5 5 . A quelques centaines de mètres en amont, rive droite, à l'embouchure de Saranaou, est la bouche du sentier qui va à l'Apaouini, chemin des Roucouyennes du Yary.

Chez nos Indiens, quatre années dans la Guyane française (1887-1891). Partie 1  

Auteur : H. Coudreau Partie 1 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université de...

Chez nos Indiens, quatre années dans la Guyane française (1887-1891). Partie 1  

Auteur : H. Coudreau Partie 1 d'un ouvrage patrimonial de la bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation Université de...

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