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L’organisation communale.

Structure de base de la vie citoyenne, elle aussi prend ses traits définitifs avec et par la République. Davantage que les autres institutions, l’histoire de la commune sur le sol guadeloupéen évolue au rythme de l’institution de la vie communale de la métropole. C’est pendant la période révolutionnaire que les premiers regroupements en quartiers et paroisses se constituèrent en communes. L’histoire de cette collectivité territoriale est ensuite fort heurtée d’autant que pour des raisons historiques qui tiennent à l’entreprise coloniale, la commune n’est pas ici née du village, comme en France, mais des nécessités de regroupements géographiques, pour des raisons administratives et surtout défensives, de lieux d’habitation et d’exploitation géographiquement proches. La commune s’est un temps confondue avec le canton. Les subdivisons administratives plus vastes, à l’instar des parishes des colonies britanniques voisines, qui en résultèrent se rapprochent alors des municipalités de cantons. A d’autres périodes, la commune s’identifia à la paroisse initiale, subdivisée en quartiers. Le processus de municipalisation ne commença véritablement qu'à partir de 183539. La situation fut fixée définitivement par le décret colonial du 20 septembre 1837 qui arrêtait à trente-quatre les collectivités communales de la colonie. Les communes ainsi constituées connaissent une première ébauche de vie municipale effective sous le Second Empire, avec les attributs démocratiques en moins : les Conseils municipaux ainsi que les maires sont nommés par le Gouverneur qui choisit préférentiellement les édiles parmi les notables blancs créoles, planteurs, industriels ou commerçants du lieu. A la restauration du régime républicain et du suffrage universel pour l’élection des Conseils municipaux, le vide juridique dû à la jeunesse de l’institution communale dure encore un certain temps40. Assez vite cependant, le processus d’assimilation juridique des communes de Guadeloupe aux communes de France donnent aux communes de la colonie leur réalité institutionnelle et leur personnalité juridique ; ainsi en est-il de la loi du 4 mars 1882 qui dévolue aux Conseils municipaux l’élection des maires. Mais c’est surtout la grande loi municipale du 5 avril 1884, applicable, par son article 165 aux

39 : Voir Maude Elfort. L'organisation communale aux Antilles - Guyane. Th.3e c., Paris X, 1985. 40 : Ainsi, comme le note Achille René-Boisneuf (cf; Manuel du Conseiller Général des colonies...) certaines prérogatives de tutelle autrefois exercées par le Gouverneur, comme la répartition des centimes additionnels tirés de la taxe d’octroi de mer au bénéfice des communes, feront l’objet de conflits de compétences entre le Conseil Général et l’autorité administrative coloniale.

Les nègres en politique; couleurs, identités et stratégies de pouvoir en Guadeloupe. Tome I-1  

Sainton, Jean-Pierre / Service commun de la documentation. Université des Antilles

Les nègres en politique; couleurs, identités et stratégies de pouvoir en Guadeloupe. Tome I-1  

Sainton, Jean-Pierre / Service commun de la documentation. Université des Antilles

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