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particulière dans la mesure où les effets pratiques de cette citoyenneté acquise se doublent d’une forte charge symbolique. Examinons pour l’heure le contenu concret du dispositif politico-juridique de l’assimilation.

La consécration du principe électif et de représentation démocratique.

Dès la chute de l’Empire et la proclamation de la République, en 1870, le principe électif des fonctions politiques est simultanément étendu à la Guadeloupe28. En vertu de ce principe, toutes les instances politiques de représentation locale sont progressivement élues au suffrage universel29: dans l’ordre chronologique, l'on procédera à l'élection des Conseils municipaux, des conseillers généraux puis des maires30. La représentation coloniale au Parlement rétablie, dès 1871 est étendue à la Guadeloupe la première convocation aux élections législatives de la Troisième. En dépit des menaces qui planeront longtemps encore sur la députation coloniale, celle-ci sera constamment réaffirmée et confortée par la loi31. Il y a ici, dans l'intégration du fait républicain et du fait colonial une véritable exception coloniale française32. Arthur Girault, le principal théoricien de législation coloniale assimilationniste, concevait très explicitement la députation coloniale comme une soupape de sûreté. En 1903, il l'exprimait en ces termes :

A l'homme que nous empêchons d'être le premier dans son pays, parce que son pays est une colonie, il faut offrir en échange une possibilité d'être le premier chez nous. Aux gens auxquels nous voulons interdire le patriotisme local, il faut inoculer l'amour de la patrie commune, le culte de l'empire.33

Pour un petit territoire, resté dans ses structures économiques et sociales une colonie d’exploitation, le paradoxe n’était pas mince. En d’autres termes, en rapportant 28 : Décret-loi du 3 Décembre 1870. 29 : A l’exception toutefois, des trois membres nommés au Conseil privé du Gouverneur. Mais, là encore ces personnalités auront tendance à être choisies parmi les élus. 30 : Loi du 4 mars 1882 sur l’élection des maires par les Conseils municipaux. 31 : L’article 2 de la loi du 24 février 1873 attribue à la colonie un sénateur élu au suffrage universel indirect par les délégués municipaux suivant les mêmes modalités des élections sénatoriales métropolitaines. Les lois du 30 novembre 1873, 28 juillet 1881 et 16 juin 1883 confirment définitivement le principe de l’élection de 2 députés dans les mêmes conditions et selon les mêmes modalités de vote que l’ensemble de la représentation nationale. 32 : Voir nos développements sur ce point particulier à la section de chapitre IV-1. 33 : Thobie (J), & alii Histoire de la France coloniale (1914 -1990). Paris, Armand Colin, 1992.

Les nègres en politique; couleurs, identités et stratégies de pouvoir en Guadeloupe. Tome I-1  

Sainton, Jean-Pierre / Service commun de la documentation. Université des Antilles

Les nègres en politique; couleurs, identités et stratégies de pouvoir en Guadeloupe. Tome I-1  

Sainton, Jean-Pierre / Service commun de la documentation. Université des Antilles

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