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En 1833, la loi du 24 avril, promulguée en Guadeloupe le 1er juillet, réinstitua le Conseil colonial, assemblée de trente membres élus pour cinq ans sur une base censitaire, déterminée d’après la possession de biens immobiliers. Outre les esclaves, exclus par nature, ce mode de détermination de la composition de l’assemblée locale écartait la classe des hommes de couleur libres à qui pourtant l’égalité civile et politique avait été accordée cette même année 1833, réservant dans les faits l’exercice de ses pouvoirs financiers, budgétaires et réglementaires aux seuls grands propriétaires blancs. Ce Conseil colonial, dont les attributions rappellent celles des Conseils généraux de France, disparaît avec l’abolition définitive de l’esclavage en 1848. Jusqu’au sénatusconsulte impérial de 1854 établissant un Conseil général bien particulier, ce fut le vide juridique; vide qui traduisait la difficulté de doter la colonie d’une constitution fonctionnelle compatible avec le nouvel état de fait. Si la Deuxième République réalise cette rupture fondamentale juridico-politique qu’est l’abolition de l’esclavage, sa durée, éphémère, ne permit pas l’installation d’institutions politiques durables9. C’est donc finalement le Second Empire qui lègue à la Guadeloupe post-esclavagiste l’essentiel de ses cadres institutionnels combinant tendances centrifuges et centripètes. En effet, la Troisième République, tout en orientant le régime politique local vers davantage d’intégration, maintint le principe de spécificité coloniale du cadre administratif. Ainsi, elle reprenait dans son ambivalence structurelle, le canevas politicoinstitutionnel de base élaboré sous l’Empire.

La spécificité coloniale maintenue.

Les lois constitutionnelles de 1875 qui donnaient naissance à la Troisième République ne réglèrent pas l'ambiguïté. Si le régime politique républicain et le Suffrage

des propriétaires esclavagistes. L’un des critères de nomination est d’ailleurs la possession de terres et de nègres. L’on devait posséder "au moins quarante nègres" pour accéder à la fonction de conseiller général ! 9 : Il conviendrait de préciser que le retour en force de la réaction antirépublicaine dès juin 1848 contredit très vite les premières orientations assimilationnistes du Gouvernement Provisoire. C’est ainsi que la Constitution de novembre 1848 dans son article 109 déjà réservait le cas des colonies en prévoyant pour elles "des lois particulières jusqu ’à ce qu 'une loi spéciale les place sous le régime de la présente Constitution". Effet concret de cette inversion de tendance, la Guadeloupe, dont l’accès au suffrage universel ne fut pourtant jamais suspendu ou aboli en droit, avant le Second Empire, fut exclue de facto des élections présidentielles de décembre 1848.

Les nègres en politique; couleurs, identités et stratégies de pouvoir en Guadeloupe. Tome I-1  

Sainton, Jean-Pierre / Service commun de la documentation. Université des Antilles

Les nègres en politique; couleurs, identités et stratégies de pouvoir en Guadeloupe. Tome I-1  

Sainton, Jean-Pierre / Service commun de la documentation. Université des Antilles

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