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des sociétés métropolitaines voire, pour nombre d'entre eux, à s'expatrier vers la métropole ou l'étranger17. Durant la décennie des années mille huit cent quatre-vingt, la situation des usines évolue chaque année. Un tableau de l'industrie, valable pour l'ensemble de la période serait forcément inexact. Si nous nous en tenons à 1883, l'année précédant la première grande crise, nous comptons vingt-quatre usines centrales dont sept sur le territoire de la BasseTerre, treize en Grande-Terre et trois à Marie-Galante. A cette même période, on ne dénombre plus que trente-sept habitations-sucreries en Grande-Terre, vingt et un en BasseTerre, et trente-neuf à Marie-Galante produisant au total 23 % du sucre guadeloupéen. (Cf; page 37 a : PLANCHE 4 - Domaines sucriers et usines centrales à la fin du XIXème Tab.1; Tableau récapitulatif des usines sucrières à la veille de la grande crise. & Tab.2; Un exemple de concentration foncière : le domaine de Beauport).

L'usine avait finalement triomphé de l'ancien système de production de l'habitationsucrerie.

L'Usine.

L'usine à sucre est donc le moyen de production majeur de la Guadeloupe de cette fin de siècle. Elle transforme l'environnement par son inscription physique dans le paysage cannier. Ses hautes cheminées en brique rouge et ses bâtiments à couverture métallique

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: Ce phénomène d'endettement auprès du Crédit Foncier Colonial qui aura entraîné la liquidation d'un capital autochtone déjà faible a été très complètement étudié, notamment dans ses aspects économiques et fmanciers(cf; ouvrages et auteurs cités), ainsi que dans ses conséquences sur le long terme; lesquels singularisent, encore de nos jours, la structure socio-économique guadeloupéenne de celle de la Martinique où le capital blanc créole (béké) parvint à se maintenir. Les incidences proprement sociologiques mériteraient toutefois des approfondissements. En effet, les faillites d'habitants-sucriers participent d'un mouvement de renouvellement démographique continu des blancs. Au cours de la deuxième moitié du siècle et au début du XXe, beaucoup de familles venues de France tenter l'aventure du sucre, repartent ruinées; certaines vieilles familles blanc-créole suivent le mouvement. C'est par exemple le cas de celle du poète StJohn Perse. Nous pouvons citer cet autre cas, à nos yeux plus hautement symbolique, d'Ernest Souques : ce blanc créole qui fut le pionnier de l'industrie sucrière en Guadeloupe mourut, quasiment ruiné, à Pointe-àPitre en 1908. Sa dépouille sera, quelques mois après, exhumée, "rapatriée" en France à la demande de ses enfants, pour être ré-inhumée au Père Lachaise (cf; Registre des concessions de sépultures de la commune de P-à-P. Archives municipales de P-à-P). Anecdote sans doute, mais qui souligne le caractère déprimé du groupe blanc créole qui vécut très mal ce processus d'appauvrissement et de décadence sociale. Il convient de prendre en compte cette instabilité du groupe blanc créole dans l'appréciation des rapports qui se nouent entre les groupes sociaux.

Les nègres en politique; couleurs, identités et stratégies de pouvoir en Guadeloupe. Tome I-1  

Sainton, Jean-Pierre / Service commun de la documentation. Université des Antilles

Les nègres en politique; couleurs, identités et stratégies de pouvoir en Guadeloupe. Tome I-1  

Sainton, Jean-Pierre / Service commun de la documentation. Université des Antilles

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