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parti républicain, deux hommes, qui, l’un et l’autre, ont également et fortement marqué la politique de la fin du siècle. Le premier, Gaston Gerville-Réache, né à Pointe-à-Pitre le 23 août 185455 dans une famille de la petite-bourgeoisie métisse instruite, était, ce que la taxonomie chromatique en Guadeloupe désigne sous le nom de ” mulâtre-blanc "56. Il avait suivi le cursus classique d’un enfant de famille de couleur aisée : scolarité primaire à l’école des Frères, études secondaires et supérieures en France sous le tutorat de Jules Simon et de Victor Schoelcher, d’abord au lycée de Versailles, puis à l’université de Paris où il étudie la philosophie et le droit. Comme beaucoup de diplômés de couleur de la région Caraïbe en général, et des Antilles françaises en particulier, il est tenté un instant de s’installer en Haïti, où il enseigne la philosophie lors d’un séjour qui sera finalement écourté. Revenu en France, il s’inscrit au barreau de Paris, se lie aux amis de Clémenceau, devient francmaçon, cultive sa formation de jeune républicain militant en écrivant dans les journaux radicaux de l’époque. Jeune et brillant avocat de couleur, il est sollicité une première fois à la candidature pour la députation en 1879 ; mais c’est à l’âge de 26 ans, en 1881, qu’il obtient son premier mandat électif en devenant député de la première circonscription de la Guadeloupe, poste qu’il occupera sans discontinuer pendant vingt-cinq ans57. A sa première élection, il siège à l’extrême-gauche radicale, mais rejoint très vite le groupe des parlementaires venus du radicalisme qui accordent leur soutien à Jules Ferry et aux gouvernements dits " opportunistes ". Pour cette raison, il est dénoncé comme traître au radicalisme par la fraction des républicains de couleur restée fidèle aux chefs de la gauche radicale. Pourtant, Gerville-Réache, bien que résidant en France et peu présent en Guadeloupe, conservera une forte popularité durant ses mandatures successives, grâce

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: On se réfère entre autres au Dictionnaire des parlementaires français ainsi qu’aux différents articles biographiques parus dans les ouvrages suivants : Encyclopédie Désormeaux. Dictionnaires des hommes célèbres de la Caraibe 56 : C’est-à-dire un sang-mêlé très clair, sans doute quarteron ou octavon. Pour la taxonomie chromatique, on se référera au Chapitre II. 57 : Gaston Gerville-Réache meurt le 30 Mai 1908, deux années après la perte de son mandat électif, en France où il aura passé la majeure partie de sa vie, ne retournant en Guadeloupe que pour se faire réélire. Il aura eu, tout au long de sa carrière politique, une forte présence à la Chambre où il lui sera à plusieurs reprises confié des fonctions importantes (rapporteur, membre de délégations et de commissions parlementaires,) avant d’être élu à la Présidence de la Chambre en 1904 contre Jaurès. Considéré comme ministrable, il semble s’être parfaitement intégré au système parlementaire de la République au point de lui sacrifier les intérêts de la colonie qu’il était censé représenter. En effet, si on retiendra de son activité parlementaire plusieurs interventions en faveur de ses compatriotes, il fut en revanche très critiqué pour son soutien têtu et inconditionnel à la loi d’assimilation douanière de 1892, qui devait porter un coup sévère à l'économie locale.

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Les nègres en politique; couleurs, identités et stratégies de pouvoir en Guadeloupe. Tome I-1  

Sainton, Jean-Pierre / Service commun de la documentation. Université des Antilles

Les nègres en politique; couleurs, identités et stratégies de pouvoir en Guadeloupe. Tome I-1  

Sainton, Jean-Pierre / Service commun de la documentation. Université des Antilles

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