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De 1871 a 1879, c’est la phase d’installation d’un système à la recherche de ses normes de fonctionnement. Cette période se caractérise d’abord par l’affrontement entre partisans de la République et conservateurs ou réactionnaires, ainsi qu’ils s’autoproclament47. Nous résumerions leur point de vue en disant qu’ils se reconnaissent monarchistes, bonapartistes, ou libéraux, ils laissent apparaître leur opposition au régime républicain, aux radicaux, et surtout aux "rouges" qui le gangrènent. Ils sont contre l’égalité politique en général, aux colonies en particulier; ils affirment la primauté de l’économie sur la politique, disent s’en tenir à la défense des intérêts économiques locaux qu’ils confondent avec ceux de l’Usine et du sucre, et par suite, sont favorables à l’autonomie de gestion de la colonie, à la protection des sucres coloniaux sur le marché métropolitain, à la politique d’immigration d’une nouvelle main-d’oeuvre coloniale. A ceux-là s’opposent des candidats de "gauche ", du "parti républicain" comme il se dit alors. Lucien Abenon nous en profile le type :

Le candidat de gauche appartient quant à lui, nous l’avons dit, le plus communément à la bourgeoisie de couleur. Il exerce presque toujours une profession libérale. Instruit, diplômé, il se souvient vaguement de ses origines africaines. Il a le sentiment d’incarner ce qu’il y a de meilleur dans la société de couleur. Ses sentiments rappellent un peu ceux de la bourgeoisie française en 1789. S’il souhaite une société démocratique qui reconnaîtrait les mêmes droits à chacun, il ne se sent pas moins très au-dessus de la masse de la population composée surtout de noirs. Il représente cette couche de la société mais il n’a nullement l’intention de se fondre avec elle. Il vénère la République, déteste tout ce qui rappelle l’Ancien Régime, un passé douloureux, odieux, qu’il ne convient d’évoquer que pour l’exorciser.48

L’existence d’une pratique électorale maintenant établie ne doit toutefois pas faire illusion. La vie politique durant cette première période ne revêt pas un caractère de masse. Avant la fin des années 70 qui voient l’apparition d’organes réguliers d’opinion49, il n’existe pas de débat politique public permanent, mais des mobilisations politiques contingentes à l’approche des consultations électorales. La politique est l’affaire d’un très petit nombre. Pas de parti, au sens où nous l’entendrions aujourd’hui, mais à l’instar de la vie politique métropolitaine...

47

: C'est du moins ainsi que cette étiquette que se reconnaît Souques, le chef du parti usinier.

48 : Lucien Abenon. "La vie politique en Guadeloupe au début de la IIIème République..." (op.cit); p. 267. 49 : Le Progrès de la Guadeloupe est crée par les frères Isaac et Gaston Sarlat en 1879 ; Le Courrier de la Guadeloupe, organe se voulant économique et apolitique mais étroitement lié aux milieux conservateurs et à l’Usine apparaît en 1880 ; les partisans de Gerville-Réache ne se dotant de leur organe propre, La Vérité qu’en 1888.

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Les nègres en politique; couleurs, identités et stratégies de pouvoir en Guadeloupe. Tome I-1  

Sainton, Jean-Pierre / Service commun de la documentation. Université des Antilles

Les nègres en politique; couleurs, identités et stratégies de pouvoir en Guadeloupe. Tome I-1  

Sainton, Jean-Pierre / Service commun de la documentation. Université des Antilles

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