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L’élite sociale des hommes de couleur est déjà constituée à l’abolition de l’esclavage, mais c’est avec le retour définitif de la République que s’approfondit sa distanciation avec la masse de la population de couleur, tant du point de vue de la condition socio-économique que des fonctions socio-politiques. Elle se constitue en une classe que l’on pourrait rapprocher, par sa fonction et son statut, d'une petite-bourgeoisie provinciale, mais, nous dit l’historien Lucien Abenon, il s’agit :

,..(d’) une bourgeoisie très différente de celle de France, car elle ne s’affirme pas par les richesses et par ses activités économiques. On y trouve certes quelques propriétaires fonciers, mais il semble que pour beaucoup, l’accession à la classe moyenne soit liée à des fonctions, à des professions qui mettent hors de pair ceux qui les exerçaient et les élevaient au-dessus de la

masse.40

Fred Constant, pour sa part, la définit comme une " bourgeoisie capacitaire "41. De fait, la promotion sociale s’est accomplie par deux biais essentiels : l’instruction et la politique. L’instruction a été largement ouverte dès 1838 aux fils des familles de couleur les plus aisées à travers l’enseignement congrégationniste des Frères de Ploërmel, qui aura joué un rôle majeur dans la formation des première élites42. Il dispensa un enseignement élémentaire leur permettant de s’assurer une certaine autonomie sociale par rapport à la grande propriété foncière, au travers de la propriété moyenne, du négoce et des professions artisanales, et à prétendre à des emplois publics dans la colonie. Pour la fraction la plus fortunée, l'enseignement des "Frères" aura été la première marche d’une ascension intellectuelle vers la poursuite en France de formations secondaires et supérieures. Les premiers diplômés de couleur suivirent pour la plupart ce cursus. Mais c’est sous la République, qui accroit notablement la fonction publique coloniale, que l’introduction des hommes de couleur dans les services publics connait, en moins de dix ans, l'évolution significative que retrace le tableau ci-après :

: Lucien Abenon. "La vie politique en Guadeloupe au début de la IIIème République." Historial Antillais , Vol.4. Ed. Dajani. p. 263. 41 : Fred Constant. (op. cit.) 42 (op. cit.) : Voir Antoine Abou. "L’école et ses débats ". La Guadeloupe 1875-1914 40

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Les nègres en politique; couleurs, identités et stratégies de pouvoir en Guadeloupe. Tome I-1  

Sainton, Jean-Pierre / Service commun de la documentation. Université des Antilles

Les nègres en politique; couleurs, identités et stratégies de pouvoir en Guadeloupe. Tome I-1  

Sainton, Jean-Pierre / Service commun de la documentation. Université des Antilles

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