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B - Les " hommes de couleur ", une nouvelle élite pour une nouvelle société: parcours d’une ascension politico-sociale.

Le terme "hommes de couleur", que nous avons utilisé jusqu’ici dans l'étude des catégories de couleur, en épousant le sens commun que lui donne la terminologie de l’époque, mérite à ce stade de l’analyse d’être éclairci, afin que l’ambiguité sémantique que contient ses connotations politiques soit levée. Le terme revêt, dans la Guadeloupe de la fin du XIX , la signification qu’on lui è

trouve dans toutes les sociétés pluriethniques où coexistent un peuplement blanc et une population mélanoderme ou asiatique. Il désigne la population non-blanche en général, opérant ainsi un distinguo premier entre les blancs et les autres. C’est d’ailleurs la signification commune qu’il conserve encore de nos jours. Toutefois, en Guadeloupe, comme en Martinique, il est repris du terme de l’ancienne société qui désignait sous le nom d’hommes de couleur libres, les nègres et métis affranchis de l’esclavage. L’usage en a fait qu’à partir de l’abolition, le terme tend à se confondre avec le taxon "mulâtre", désignation qui fait référence plus précisément au métissage et aux nuances d’épiderme. Les métis ayant constitué en effet la majorité numérique des affranchis, la représentation de couleur de ce groupe social est identifié à ce groupe. Ainsi, dans le langage courant de la fin du siècle l'expression recouvre-t-elle deux sens : pris dans son sens générique, elle connote la population non-blanche dans son ensemble, "mulâtres" et "noirs" compris ; mais elle est alors empreinte d’une appréciation méliorative que ne possède pas le terme "noir", plus directement évocateur de l’esclavage. Au sens étroit, elle connote "les mulâtres" ou "les métis ". On relève couramment dans les textes la distinction très clairement opérée des" hommes de couleur" et des "noirs". C’est dans ce second sens, le plus communément usité, que nous emploierons désormais ce terme. Ainsi entendu, le terme "hommes de couleur " renvoie à la réalité d’une couche sociale, doublement élitaire : par la couleur et par la position sociale. La question de couleur dans la société post-esclavagiste, dans ses déclinaisons identitaires ayant été précédemment étudiée39, nous nous arrêterons ici aux connotations socio-politiques d'un terme qui avec l'ascension sociale de la fin du XIX

è

siècle guadeloupéen prend une

incidence essentiellement politique.

39

: Cf; Chapitres II & III.

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Les nègres en politique; couleurs, identités et stratégies de pouvoir en Guadeloupe. Tome I-1  

Sainton, Jean-Pierre / Service commun de la documentation. Université des Antilles

Les nègres en politique; couleurs, identités et stratégies de pouvoir en Guadeloupe. Tome I-1  

Sainton, Jean-Pierre / Service commun de la documentation. Université des Antilles

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