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IV - 2 - La République a une couleur.

A - Couleur et République.

L’idéologie républicaine qui arrive à maturation sous la Troisième est héritière de courants idéologiques distincts dont elle parvient à faire la synthèse. On connaît les grands schèmes idéologiques républicains dont l' iconographie a figé les représentations les plus symboliques. Qu’en fut-il de l’idéologie républicaine en Guadeloupe ? Le sentiment républicain des hommes de couleur guadeloupéens est ancien. Il remonte à la Révolution de 1789 et aux transformations induites aux colonies par la proclamation de la République. Férocement réprimé sous Napoléon Ier, étouffé sous les Bourbons, puis sous le Second Empire, il s’exprime sans réserve à partir du retour définitif au système républicain, en lequel il se confond. Les républicains de Guadeloupe vivent un républicanisme triomphant, intégral, dogmatique et sans nuances. On aurait du mal à distinguer dans l’idée républicaine telle qu'elle s'exprime en Guadeloupe les courants philosophiques et théoriques qui firent la pensée républicaine. Pourtant, une certaine spécificité guadeloupéenne existe. Elle prend sa source d’une part dans la référence aux schèmes généraux des idéaux républicains où se mêlent réinterprétations et spécifications locales; et dans le schoelchérisme d’autre part. Tous les grands thèmes républicains apparaissent dans la presse de gauche guadeloupéenne : le dogme de la citoyenneté, de l’égalité politique et de la souveraineté populaire, l'absolu de l’idée de progrès, etc... mais la référence à ces principes est globale. Si la polémique est la règle, le débat d’idées y est cependant pauvre ou absent. On distingue mal une pluralité d'écoles théoriques ou philosophiques au sein de la famille républicaine de Guadeloupe. Les oppositions ne s’établissent guère sur la base de la formalisation de pensées différentes. Si l’on se réfère à un programme politique métropolitain, à des développements théoriques particuliers, les idées sont reprises le plus souvent telles quelles, sans exégèse, ni enrichissement particulier. Il s’agit en fait de transpositions qui relèvent plus de l’adhésion globale à un système de pensée que d’une culture du débat et de la controverse qu’alimenterait la différence d’options. C’est que, au plan local, les clivages socio-politiques sont si nets que les positions, déjà tranchées, autorisent peu la prospection théorique et l’échange de points de vue.

Les nègres en politique; couleurs, identités et stratégies de pouvoir en Guadeloupe. Tome I-1  

Sainton, Jean-Pierre / Service commun de la documentation. Université des Antilles

Les nègres en politique; couleurs, identités et stratégies de pouvoir en Guadeloupe. Tome I-1  

Sainton, Jean-Pierre / Service commun de la documentation. Université des Antilles

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