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entre la nationalité et la citoyenneté, un principe d’inclusion et d’unité, posant ainsi, en théorie, l’équivalence absolue du lien social et du lien politique24. Le postulat de base de la souveraineté populaire ainsi

posé a rendu

conceptuellement possible l' universalité du suffrage. Par là, le citoyen, l’homme politique, devenait, selon le mot de Pierre Rosanvallon, " l’anticipation de l’homme égal ". Il y a donc bien, dans la conception française de la citoyenneté, à la fois

particularisation et sacralisation du lien politique :

En France, le développement de la citoyenneté ne fait que suivre les variations de l’appartenance sociale et la transformation des sujets juridiques : l’histoire du Suffrage Universel est à la fois une histoire de l’avènement du sujet autonome dans la société moderne et une histoire de l’inclusion sociale (...) C’est la raison pour laquelle il n’y a pas de conquête graduelle du suffrage en France. Si des accommodements pratiques avec la théorie peuvent toujours être trouvés, le Suffrage Universel doit être ou complètement réalisé ou totalement nié.25

Historiquement, c’est l'éphémère Seconde République qui, dans l’histoire de France, porta au plus haut l’exaltation enthousiaste et lyrique d’une République universelle, communauté consensuelle d’individus-citoyens formant le peuple souverain. La conjoncture des événements de 1848, autant que la vivacité du souvenir des pères fondateurs de 1793, ont produit ce que l’on a appelé " l’esprit de 48 " que l’on peut considérer comme l’un des temps les plus forts du mythe républicain, celui où apparaît le mieux l’aspiration à l’unité et au consensus dans une transfiguration politique du lien social. Rosanvallon jugeant l’acte électoral en 1848, nous parle de suffrage-communion. Il voit dans le vote plus un geste d’adhésion, la manifestation symbolique de l’appartenance à la collectivité que l’instrument politique d’un débat pluriel. Et, élargissant son analyse il conclut, s’agissant de l’idéal républicain français :

La démocratie française est en permanence aspirée vers l’abstraction comme forme achevée de l’idéal politique : celui d’une société sans classes, sans conflit de personnes, sans malentendus, débarrassée de toutes les adhérences du passé, éternellement consacrée à célébrer son unité. 26

24 : A la suite de l’accession des juifs à la citoyenneté, l’idée de la citoyenneté n’a cessé de s’élargir jusqu’à englober les enfants d’immigrés en 1889, réaffirmant le rejet d’un droit de la citoyenneté basé sur la race ou la communauté d’origine. Voir Roger Brubaker. " De l’immigré au citoyen; comment le jus soli s’est imposé en France à la fin du 19ème siècle." Actes de la recherche en sciences sociales. Paris, n°99, Sept. 1993. 25 : Pierre Rosanvallon. op.cit. p. 101. 26 : ibidem, p 293.

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Les nègres en politique; couleurs, identités et stratégies de pouvoir en Guadeloupe. Tome I-1  

Sainton, Jean-Pierre / Service commun de la documentation. Université des Antilles

Les nègres en politique; couleurs, identités et stratégies de pouvoir en Guadeloupe. Tome I-1  

Sainton, Jean-Pierre / Service commun de la documentation. Université des Antilles

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