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une troupe gaie, drapeaux en tête, parées de leurs robes flottantes aux couleurs les plus vives et coiffées de leurs plus beaux madras où domine le jaune d’or qui leur sied si bien.50

A partir de la loi sur les syndicats et associations professionnelles, dite loi du 21 mars 1884, de nouvelles formes d’organisations solidaires voient le jour. Cette loi, applicable en son article 10, qui en excluait toutefois du bénéfice la main-d’œuvre immigrée, promulguée immédiatement en Guadeloupe par arrêté du Gouverneur du 29 avril de la même année, ouvrait en effet la possibilité légale de se constituer en association professionnelle51. Cette nouvelle ouverture du système juridico-politique, est vite connue et accueillie favorablement des milieux politiques de couleur, puisqu’on en trouve mention dans la presse; mais ce n’est que cinq années plus tard, le 22 janvier 1889, dans la maison de l’habitation Monrepos, sise sur le territoire de la commune du Lamentin, que se réunissent 37 colons partiaires et petits propriétaires. L’initiative en revenait au conseiller général du canton, Eugène Sébastien qui, après avoir salué l’opportunité offerte par loi de 1884, avait en ces termes introduit la réunion :

Depuis trois ans, le pays traverse une crise économique sans exemple. Notre principale denrée, le sucre, est avilie ; par suite le travail manque, le salaire subit cette grande loi de l’offre et de la demande. La misère sera bientôt à son comble. La population laborieuse de nos campagnes sera bientôt atteinte.52

De la note adressée, pour information et des statuts adoptés, il ressort que le syndicat nouvellement crée, et qui s’intitule société, s’adresse aux colons et petits planteurs de canne de la zone. Il espère les pousser à la culture des denrées secondaires. Il envisage de mettre sur pied un système d’échange de journées de travail (payées 2 F la journée) et d’organiser des équipes de travail pour la grande propriété. Il projette de dégager des crédits pour monter une forme de coopérative d’instruments agricoles, d’engrais et de boeufs de labour ainsi que pour l’organisation d’une caisse de secours. Il prévoit encore de créer, avec l’aide de l’Administration, une distillerie. Enfin, l'accent était mis sur la fonction morale de l’association et la "bonne moralité" des participants. Comme lors de l'entrée dans une société, les nouveaux adhérents doivent être parrainés.53

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: Monchoisy. Les Antilles françaises en 1893 ... (op.cit). p.439 : C’est, assez singulièrement les usiniers qui constituent le tout premier syndicat guadeloupéen. Le Syndicat des fabricants de sucre est déclaré le 18 Juin 1887. 52 : Statuts de la Société des travailleurs et petits planteurs du Lamentin. (Sources : CAOM; Série Géo Gua. Cart-108 / dos-760 & - ADG -1 Mi 58). 53 : Cf; source : ibidem 51

Les nègres en politique; couleurs, identités et stratégies de pouvoir en Guadeloupe. Tome I-1  

Sainton, Jean-Pierre / Service commun de la documentation. Université des Antilles

Les nègres en politique; couleurs, identités et stratégies de pouvoir en Guadeloupe. Tome I-1  

Sainton, Jean-Pierre / Service commun de la documentation. Université des Antilles

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