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Pointe-à-Pitre, par voie de pétition, auprès du Conseil municipal de la ville pour obtenir l’expulsion des ouvriers en provenance des colonies étrangères, et réclamer une taxation spéciale sur les travaux effectués par les bras venus des communes ou même des quartiers suburbains de la ville. Par ailleurs, la pétition incriminait des entrepreneurs faisant partie du conseil municipal...

(...) qui prennent des adjudications tantôt en leurs noms propres, tantôt au nom de tiers, derrière qui ils se dissimulent ou même qui réussissent à traiter de gré à gré. D’une part donc, ces entrepreneurs conseillers municipaux font une véritable concurrence aux autres entrepreneurs de la ville. D’autre part, ces ouvriers des autres communes n’ont pas de famille en ville; ils peuvent s’entasser un certain nombre dans un local réduit; ceux qui viennent des campagnes voisines de la ville peuvent descendre, le matin, portant sous leurs bras leurs aliments cueillis dans leur propre jardin et cuits d’avance chez eux. Ils remontent, le soir, avec leur gain, sans avoir eu besoin de rien dépenser en ville, aussi peu utiles au commerce de détail qu’ils sont nuisibles au travail et au salaire de la ville.32

B - La condition culturelle et morale.

L ’instruction.

L’instruction publique, est, on l’a vu, ouverte en droit aux masses noires très tôt. Mais les effets de l’alphabétisation méritent d'être fortement nuancés. Selon un rapport du Gouverneur, en date de 1887, seuls 3/5 des enfants en l’âge e

de l’être sont effectivement scolarisés. La raison en est d’une part l’âge scolaire tardif, autour de 12 ans, et d’autre part, le fort absentéisme des enfants ; seuls 20 % des enfants inscrits fréquenteraient régulièrement l’école.33 En 1890, un rapport de l’inspecteur primaire estime que plus de 14.000 des 25.000 enfants d’âge scolaire ne reçoivent aucune instruction. Le début du siècle n’apporte aucune amélioration. On estime le taux de scolarisation à 50 %. L’insuffisance des locaux, l’entrée de plus en plus tardive dans la vie scolaire d’enfants dont la participation à la subsistance familiale s’avère de plus en

: "Au conseil municipal de la Pointe-à-Pitre", Le Progrès, 13 février 1886. (Source : ADG; 2 Mi 10). Le Conseil municipal, dont on nous précise qu’il délibéra, "devant un auditoire fort nombreux (qui) débordait des places réservées au public" proposa de séparer les adjudications des gros travaux en plusieurs parts de marché. 33 : Voir Antoine Abou. Un siècle de scolarisation à la Guadeloupe (1848-1948), Th.3è cy. Pans V, 1983. 32

Les nègres en politique; couleurs, identités et stratégies de pouvoir en Guadeloupe. Tome I-1  

Sainton, Jean-Pierre / Service commun de la documentation. Université des Antilles

Les nègres en politique; couleurs, identités et stratégies de pouvoir en Guadeloupe. Tome I-1  

Sainton, Jean-Pierre / Service commun de la documentation. Université des Antilles

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