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comme l’empreinte de leur mode de vie, modelant ainsi une perception sensible de l’existence d’un "pays noir". Ce pays noir est celui des campagnes et des faubourgs. La notion de campagnes recouvre l’ensemble des paysages de la ruralité, les milieux de l’habitation, comme ceux en-dehors de l’habitation, ainsi que les marges forestières, montagneuses, de mangroves ou littorales. A l’habitat concentré, en hameaux ramassés, du pays montagneux de la Basse-Terre, s’oppose l’habitat semi-dispersé des campagnes populeuses de la Grande-Terre. La balance démographique penche en effet nettement en faveur de la Grande-Terre sucrière où, exception faite de la commune de Capesterre3, l'on trouve les campagnes les plus peuplées, notamment sur les territoires des communes du Moule, Sainte-Anne, Gosier et Morne-à-l’eau4. Si les longues bâtisses, semblables à des hangars compartimentés, en maçonnerie, où sont "installées" les familles casées, dominent sur les habitations; ailleurs, c’est l’habitat individuel qui l’emporte. La facture de l'habitat populaire rural est partout assez semblable : cases en pisé de gaulettes, plus rarement en planches, le plus souvent recouvertes de feuilles de cannes, de bananes ou de palmiers. L’habitat populaire nous est décrit en ces termes dans le rapport du médecin de marine Rey :

Les autres travailleurs, noirs ou métis, sont en général mal logés. Excepté sur les grandes habitations, où le propriétaire choisit l’emplacement des cases, partout ailleurs, si le noir est libre de s’en construire une, celle-ci sera établie le plus souvent dans un endroit écarté, près d’un cours d’eau, et entourée d’arbres et de bananiers, qui entretiennent sur le sol une humidité constante. Cette case, construite en planches mal jointes ou avec des gaulettes, n’a pas d’autre plancher que le sol nu; parfois un lit, mais le plus souvent des planches sur deux tréteaux ou une simple natte étendue sur la terre, voilà l’ameublement de la cabane : le hamac, si commode et si hygiénique est peu employé par le noir. Les cases mesurent en moyenne 4 à 5 mètres de côté et sont divisées en deux pièces; celles-ci séparées l’une de l’autre par un cadre garni d’étoffe, ne présentent, comme ouvertures, que la porte et une petite fenêtre que l’on ferme hermétiquement le soir. C’est là qu’habite pêlemêle une famille, souvent nombreuse. L’atmosphère intérieure est viciée de plus par la fumée de la cuisine; l’air n’est renouvelé, pendant la nuit, qu’à travers les interstices des planches qui forment la muraille extérieure, ou les intervalles qui séparent celle-ci de la toiture.5

: Capesterre de Guadeloupe, ainsi appelée pour la distinguer de la commune du même nom, de l'île de Marie-Galante. Aujourd’hui appelée Capesterre -belle eau. 4 : Respectivement, 10.241, 9.192, 6.359 et 6.025 habitants, d'après le recensement de 1889. Certainement, surévalués, ces chiffres nous donnent cependant des indications sur la répartition démographique au début de la période étudiée. (Source : ADG; Annuaire de la Guadeloupe, année 1892.) 5 : Henri Rey. Etude sur la colonie de la Guadeloupe; topographie médicale, climatologie, démographie. Paris, 1878, p. 10. 3

Les nègres en politique; couleurs, identités et stratégies de pouvoir en Guadeloupe. Tome I-1  

Sainton, Jean-Pierre / Service commun de la documentation. Université des Antilles

Les nègres en politique; couleurs, identités et stratégies de pouvoir en Guadeloupe. Tome I-1  

Sainton, Jean-Pierre / Service commun de la documentation. Université des Antilles

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