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• Cette dimension extensive du terme peut inclure, dans certains contextes, l'ensemble de la collectivité. Le vocable "nègre”, à l'instar du terme "créole", connote alors les natifs, la

population autochtone dans une perception indifférenciée et introduit une référence d'ordre spatio-identitaire. Cette identisation généralement énoncée par l'élément extérieur, allogène, (le chroniqueur métropolitain, l'administration coloniale,) affleure dans le discours sans être pour autant jamais revendiquée par ceux qu'elle désigne comme partageant une identité commune. • Mais surtout, le "nègre" est bien sûr le nèg nwè, que nous avons traduit précédemment traduit par "le nègre bon teint", celui dont le phénotype révèle sans doute possible F origine. L'identité est fixée dans le phénotype, mais plus que la simple énonciation de l'évidence, le taxon connote alors la totalité des qualificatifs et présupposés liés à l'origine. Le nègre devient alors l'incarnation de caractères identitaires préjugés. Ainsi, le taxon "nègre", s'il ramène toujours à une assignation dévalorisante, s'inscrit dans une logique de relation sociale qui prend un caractère totalisant. Ce constat nous amène à deux remarques : 1°) Cette logique de la relation nous paraît vider l'idée de l'existence d'une identité "pure", de groupe, de toute substance; autant qu'elle nuance considérablement le postulat d'un système identitaire univoque polarisé seulement du nègre vers le blanc dans lequel le modèle dominant envié serait le seul pôle structurant les identités. Sur ce point, nous serions tentés de rejoindre Marie-Josèphe Giletti-Abou dans ses conclusions lorsque, tentant de définir la notion d'identité aux Antilles, elle est amenée à parler de l’anomie des systèmes identitaires antillais. Il ne faudrait pas rechercher, note-t-elle, dans le cas des Antilles françaises des systèmes mais plutôt "des symptômes, des attitudes".

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2°) C'est dans un mouvement alternatif permanent que s'inscrivent les paramètres de l'identité, mouvement dans lequel l'image du nègre influence à différents degrés la notion sociale de l'identité. Autrement dit, l'élément nègre dominé socialement et dont l'idéologie dominante blanche a codifié le mépris, devient, par l'effet d'une dynamique sociale majoritaire, un pôle structurant et inattendument attractif de l'identité collective. Il

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: Marie-Josèphe Giletti-Abou. La question de l'identité aux Antilles. Thèse de 3è cycle. Paris X, 1983, p.29

Les nègres en politique; couleurs, identités et stratégies de pouvoir en Guadeloupe. Tome I-1  

Sainton, Jean-Pierre / Service commun de la documentation. Université des Antilles

Les nègres en politique; couleurs, identités et stratégies de pouvoir en Guadeloupe. Tome I-1  

Sainton, Jean-Pierre / Service commun de la documentation. Université des Antilles

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