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réseaux qui fonctionnent comme des systèmes de protection et de clientèle se nouent en général autour de la progéniture : • par le parrainage : des parents socialement défavorisés proposent à quelqu'un de statut social plus élevé et de teint généralement plus clair, d'être le parrain (ou la marraine) de leur enfant, afin de lui assurer protection et assistance. Ainsi, dans la réalité de la vie sociale, il est courant qu'un " nègre" ait un " mulâtre ", voire un blanc, comme parrain, chez qui il s'établira, ou sera en relation, sinon suivie, du moins privilégiée72. D'où la nécessité d'établir le concept de milieu ethno-parental distinct de la parenté génétique. • par le patronage (ou plaçage) : il s'agit d'un rapport par lequel l'enfant ou l'adolescent (jeune homme ou jeune fille) est "placé" à demeure dans un rapport de domesticité ou d'apprentissage, assez proche de la parenté élargie, dans une famille de statut social supérieur par la couleur et la propriété. Cette pratique se développe peu après l'abolition de l'esclavage entre mulâtres aisés et noirs. • par l’adoption : elle est généralement de fait, rarement légalisée juridiquement73. L’enfant est " prêté" ou " donné" à une tierce personne sans enfant, ou de condition plus favorisée. Celui qui accepte ce don élève l'enfant comme le sien, soit dans un rapport de semi-domesticité, soit dans une relation plus interne, au sein de la fratrie génétique ou de la parenté74. Ainsi donc, la société de couleur de la fin du XIXème siècle, peut-elle être perçue comme une société plus "racisée", voire plus raciste que la société esclavagiste dont elle a hérité, manifestant par là l'accomplissement du processus d'autonomisation de l'idéologie de

: Les contes antillais traditionnels reflètent bien cette fonction de fluidité sociale du parrainage. Par exemple, dans les contes de Ti-Jean ou de compère Lapin, apparaît le personnage du parrain, toujours imaginé sous les traits d'un homme clair (mulâtre riche ou blanc propriétaire). Le parrain peut-être considéré comme substitut au maître; au contraire de la marraine, qui peut être indifféremment une métisse ou une négresse, sans doute le substitut de la mère. 73 : C’est pourquoi le plus souvent, l’enfant ainsi adopté conserve son nom. Mais il peut aussi "adopter" de fait, comme surnom, voire comme nom usuel à défaut de légal, le patronyme de son protecteur. Ces pratiques, qui nous semblent essentielles dans la relation sociale, n’ont, à notre connaissance, malheureusement pas fait l’objet d’études systématiques à ce jour. Notons qu’Achille René-Boisneuf, qui fut élevé dans une famille mulâtre de la ville, était un de ces enfants adoptés de fait (ou patronnés). (Cf; Chapitre VII) 74 : Le plus remarquable est que cette pratique du don d’enfants, certainement d’origine africaine, s’observe dans toutes les couches de la société, dans des relations transversales comme horizontales. Encore aujourd'hui, on peut entendre assez couramment de vieilles femmes dire fièrement : "J'ai élevé X.... enfants dont ... les miens. " 72

Les nègres en politique; couleurs, identités et stratégies de pouvoir en Guadeloupe. Tome I-1  

Sainton, Jean-Pierre / Service commun de la documentation. Université des Antilles

Les nègres en politique; couleurs, identités et stratégies de pouvoir en Guadeloupe. Tome I-1  

Sainton, Jean-Pierre / Service commun de la documentation. Université des Antilles

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