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Concernant les couches les "plus foncées" de la population, si les stratégies d’ascension sociale par "le blanchiment", "l'amélioration de la race" comme il se dit dans le langage populaire, se poursuivent en recherchant l'union avec plus clair que soi, cet effort est contrarié par l'idéologie de couleur dominante, intrinsèquement ségrégationniste, qui rejette l'union avec plus noir que soi d'où une homogamie de fait, certainement non souhaitée, mais socialement et idéologiquement imposée. Il convient toutefois de nuancer ce constat sur un point précis : le primat d’une mentalité ségrégationniste ne signifie nullement l’impossibilité de transgresser les couleurs. Si, en effet, entre ces différentes ethno-classes, les relations sociales sont limitées et se cantonnent à des espaces socialement prédéfinis, on ne saurait concevoir la société guadeloupéenne post-esclavagiste comme une stricte superposition de groupes sociaux séparés par la couleur. En réalité, au verso de la ségrégation, une certaine fluidité autorise la miscibilité par une transgression des couleurs. Cette transgression est d'abord sexuelle. Elle se réalise au travers des unions illégitimes qui sont la règle en Guadeloupe, ainsi que l'attestent les recherches récentes de démographie historique71. Ces unions inter-ethniques hors mariage, concubinage stable ou unions ponctuelles, permettent une réelle pan-mixie et un brassage des couleurs, tempérant ainsi les effets des tendances endogames et homogames des groupes socio-ethniques. Les mêmes schèmes coloristes généraux de la période d'avant l'abolition régissant les couples peuvent être repérés : Homme blanc / femme noire ou métisse (mulâtresse, capresse,...); homme sang-mêlé / femme noire ou métisse (mulâtresse, capresse,...); homme mulâtre / femme noire ou capresse, etc... reflets de la règle non dite selon laquelle la femme est généralement plus foncée que l'homme, l'inverse étant possible mais bien plus rare. La transgression est également sociale. Les groupes se côtoient au travers des réseaux de la parenté résultant de la pan-mixie, et plus généralement des systèmes d'alliances. Ces

une telle recherche concevable. Pour l'heure, certaines études partielles ou locales (comme celle déjà mentionnée de Maurice Rose pour l'île de Marie-Galante) et l'observation des réseaux de parentés que l'on peut suivre dans leurs évolutions autorisent cette qualification de la tendance homogame du groupe. 71 : Entretiens avec Raymond Boutin (1994 -1995). Ce chercheur qui travaille à une histoire démographique de la Guadeloupe, par la méthode de reconstitution des familles, arrive à des conclusions convergentes. Voir également la thèse de Georges B. Lawson-Body, qui établit pour la région des Grands-Fonds, cette transgression des couleurs par les unions inter-ethniques, (op.cit)

Les nègres en politique; couleurs, identités et stratégies de pouvoir en Guadeloupe. Tome I-1  

Sainton, Jean-Pierre / Service commun de la documentation. Université des Antilles

Les nègres en politique; couleurs, identités et stratégies de pouvoir en Guadeloupe. Tome I-1  

Sainton, Jean-Pierre / Service commun de la documentation. Université des Antilles

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