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Le métissage, qui, sur place naît des rapports entre blancs et noires bien que considéré avec horreur par les chroniqueurs religieux des débuts de la colonisation qui tiennent les premiers mulâtres issus des unions mixtes, légitimes ou non, pour des phénomènes hybrides et étranges, est cependant socialement toléré35. Un arrêt royal décrète les enfants métis libres. Par ailleurs, les procédures d'affranchissement sont alors relativement faciles dans une société où un dénuement commun joue comme facteur de rapprochement des groupes.

Deuxième temps : établissement, puis renforcement d’un ordre socio-racial esclavagiste (fin XVIIe- début XVIII siècle). e

Dès 1664, différentes mesures de répression des relations sexuelles inter-raciales sont prises. Ces dispositions vont revêtir en 1673 un principe de droit : désormais, la situation juridique de l'enfant métis est déterminée par la condition de sa mère esclave. Selon Debbasch, cette évolution du droit obéissait d'abord à une logique économique36. Le développement de l'économie sucrière et son corollaire, l'extension du système de l'habitation-sucrerie, exigent en effet que toute la main-d'oeuvre potentiellement disponible soit fixée sur les habitations. D'autre part, l'essor de la traite ayant inversé le rapport démographique blancs / noirs, la préservation des blancs leur commande de maintenir la majorité noire dans le carcan d'un ordre social et juridique ségrégationniste. Les mesures juridiques qui se succèdent à partir de 1664 témoignent de cette préoccupation. Le point d'orgue de la codification du rapport esclavagiste est l'édiction du Code Noir en 1685, rédaction finale des pratiques esclavagistes locales vieilles d'une quarantaine d'années, synthétisées dans les rapports minutieux des intendants coloniaux de Martinique et de Guadeloupe37. L'article majeur ordonnant le système est l'article 44 qui déclare "les

esclaves être meubles et comme tels entrer dans la communauté ... ". L'esclave est désormais

35

: Voir R.P du Tertre. Histoire Générale des Antilles habitées par les François. Paris ; 1667, (réed. 1973). ; Yvan Debbasch. Couleur et liberté; le jeu du critère ethnique dans un ordre juridique esclavagiste (T.l: 1635-1833). Dalloz. 1967. 37 : Le Code Noir doit être compris, non comme la lettre du droit colonial esclavagiste, mais son esprit. Il faut rappeler que nombre de ses prescriptions n'étaient pas suivis d'effets ; mais son exégèse est toujours féconde et révèle à l'analyse historique l'ampleur des contradictions des rédacteurs dans leur définition de la chose (l'esclave) et du sujet (l'homme) sur chacun des soixante articles. 36

Les nègres en politique; couleurs, identités et stratégies de pouvoir en Guadeloupe. Tome I-1  

Sainton, Jean-Pierre / Service commun de la documentation. Université des Antilles

Les nègres en politique; couleurs, identités et stratégies de pouvoir en Guadeloupe. Tome I-1  

Sainton, Jean-Pierre / Service commun de la documentation. Université des Antilles

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