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PRODUCTIONS

plantes céréales, et la physique ne connaît plus de terre habitable ni cultivable sans forêts. Aussi l’impression religieuse de respect et d’étonnement qu’inspirent ces masses immenses, ces dômes d’antique et éternelle verdure qui, du haut des monts, se prolongent sur les plaines, est-elle un sentiment universel ; comme si la nature eût voulu suppléer par ce sentiment à l’absence des théories certaines, et des leçons de la physique , qui ne révèlent qu’à une longue étude les secrets de la reproduction générale, et donner en quelque sorte une garantie instinctive à la conservation des forêts. Depuis que, par de savantes recherches, des hommes célèbres nous ont ouvert les sanctuaires des mythologues et montré toute la physique céleste ou terrestre du monde primitif, cachée sous le voile allégorique des fables reh' gieuses , il ne faut plus s’étonner que chez les nations policées , comme chez les sauvages , les forêts se soient peuplées de génies bienfaisans ou terribles, mais toujours conservateurs , qu’elles aient offert les premiers temples aux dieux , les premiers élysées aux mânes , qu’en un mot, elles se trouvent par-tout consacrées par le culte et la vénération des mortels : pour qui connaît l’antiquité , il serait au contraire inexplicable que ce culte n’eût pas eu lieu et si , chez des peuples dont les premiers législateurs avaient hérité des connaissances d’un monde plus ancien, les montagnes furent des géans , enfans de la ierre , élevés par elle contre le ciel, il faudra peut-être alors reconnaître, par exemple, dans la fable de ce Briarée aux cent bras qui menace l’Olympe , et attire sur lui la foudre qu’il défie au sein des nuages, une expression sentie, une image vivifiée de l'action réciproque des puissances de l’air sur les puissances de la végétation, action dont les montagnes couvertes de bois élancés au sein des vapeurs atmosphériques semblent être plus particulièrement le théâtre et le foyer. Mais quelle que puisse être l’origine du culte des divinités némorales, les progrès des connaissances suffisent sans le secours des illusions sacrées , pour nous faire connaître le rang et l’importance que nous devons assigner aux forêts considérées dans l’ordre de la nature. On sait aujourd’hui, que par l’absorption continuelle des gaz qui conviennent à leur vie , elles contribuent puissamment au renouvellement et à la dépuration de Fair , qu’elles entretiennent

Statistique générale et particulière de la France et de ses colonies (T7) (2)  

Pierre Etienne Herbin de Halle / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des...

Statistique générale et particulière de la France et de ses colonies (T7) (2)  

Pierre Etienne Herbin de Halle / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des...

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