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— 75 — rappelle-t-il les prohibitions par lui faites à cet égard en se fondant d’ailleurs uniquement sur l’intérêt des maîtres ; car les esclaves ainsi maltraités sont parfois longtemps hors d’état de rendre aucun service ou même restent estropiés ; et ceux qui n’ont pas encore subi d’aussi cruels châtiments sont terrifiés par les exemples qu’ils en ont sous les yeux, et s’enfuient pour se soustraire à une telle inhumanité. Au surplus, l’on était peu puni pour avoir tué ou blessé un nègre ; ainsi un A. du Cap, 2 juill. 1715, condamna seulement à l’amende un commandeur blanc qui avait infligé à un noir un châtiment dont celui-ci était mort; —un autre A., 6 mai 1746, infligea neuf années de bannissement à un économe qui avait tué un nègre d’un coup de fusil ; et encore la peine fut-elle commuée et rapportée par ordre du roi, 27 oct. 1754 ; — un habitant de Saint-Domingue, ayant maltraité d'une façon cruelle plusieurs de ses esclaves, le gouverneur le condamna de sa propre autorité à donner 150,000 livres aux fortifications de son quartier ; le ministre, M. de Rouillé, le blâme d’avoir ainsi agi; mais il ajoute que le roi a approuvé cette conduite (Let. du 25 juill. 1741). — Je citerai enfin un dernier A. de la Martinique, 10 mai 1671, qui nous donne une idée de ce que pouvaient inventer certains maîtres en fait de tortures ; cette décision condamne un planteur à 500 livres de sucre d’amende pour avoir blessé une négresse à force de coups de fouet, et lui avoir « fait brûler avec un tison ardent les parties honteuses (1) ». D’après l’O. r. du 16 sept. 1841, le maître n’a plus le droit d’infliger à un esclave que quinze jours d’emprisonnement. Pour une punition plus forte, il doit requérir l’intervention du juge de paix ou du gouverneur, le premier pouvant infliger à l’esclave trois mois d’atelier de discipline, et le second pouvant l’envoyer pour la vie aux travaux du roi s’il est dangereux pour la tranquillité publique (O. r., pour Bourbon, (1) On trouve d’autres exemples de ce genre de supplice : dans un A. du Cap, 15 févr. 1781, il est dit : « la négresse a la langue coupée et plusieurs dents arrachées ; la négritte a les parties de la génération brûlées avec des fers rouges. »

Étude historique sur la condition légale des esclaves dans les colonies françaises  

Trayer, P./Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collection...

Étude historique sur la condition légale des esclaves dans les colonies françaises  

Trayer, P./Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collection...

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