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— 24 — Toutes ces prescriptions religieuses étaient peu suivies, comme il arrive quand un législateur empiète sur le domaine de la conscience. C’est ainsi que l’on n’hésitait guère à faire travailler les noirs les jours de repos; un mandement du Préfet apostolique au Cap (14 nov. 1729, 14 oct. 1730), espérant qu’elles seraient mieux observées, réduisit le nombre des fêtes (ne tombant pas le dimanche), à dix-sept par an. Un R. colonial du gouverneur de la Guyane, 1 janvier 1696, après avoir ordonné de faire baptiser les esclaves et de leur administrer les sacrements, défend aux cabaretiers de vendre ni vin, ni eau-de-vie à aucun esclave les jours de fêtes et dimanches, comme aussi de ne leur donner à manger, sous quelque prétexte que ce soit, de la viande les jours défendus par l’Église. Les nombreuses dispositions législatives destinées à introduire la religion catholique parmi les noirs eurent parfois de singuliers résultats, faciles d’ailleurs à prévoir, si l’on eut réfléchi au peu de culture intellectuelle que possédaient la plupart d’entre eux, et à la contradiction que présentait à leurs yeux la conduite des blancs avec les principes religieux qu’ils avaient la prétention de leur imposer. Malgré donc les efforts des jésuites qui avaient le privilège de les instruire dans le catholicisme, ils conservaient un vieux fonds de superstitions qui, dans leur esprit, s’alliaient avec leurs nouvelles croyances ; ils admettaient qu’on leur pût jeter des sorts, et pour s’en garantir, ils avaient recours, par exemple, à de petits sachets, que les textes désignent sous le nom de « paquets ficelés appelés Macandals », dans la fabrication desquels entrait de l’encens, de l’eau bénite, de petits crucifix, et aussi, ce qui était moins innocent, des poisons ; un A. du Cap les défendit comme sacrilèges et dangereux (11 mars 1758). Comment, d’ailleurs, s’étonner de pareilles pratiques, quand nous voyons que des maîtres, croyant leurs esclaves sorciers, les faisaient mourir de leur propre autorité, par le feu, ou en leur brisant les os à coups de bâton ou de marteau, sans leur procurer le baptême ni autre sacrement ; et que beaucoup de propriétaires se refusaient d’une manière générale à laisser baptiser leurs er

Étude historique sur la condition légale des esclaves dans les colonies françaises  

Trayer, P./Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collection...

Étude historique sur la condition légale des esclaves dans les colonies françaises  

Trayer, P./Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collection...

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