Page 40

388

partie, occasionés par son incapacité et sa négligence. La commission, chargée d’examiner le fond d’une affaire qui avait privé la France de neuf mille de ses enfants, et qui coûtait trente millions à l'Etat, concluait que Turgot avait, en qualité de criminel d’Etat, encouru la peine de l’incarcération et de l’exil... dont il sut se mettre à couvert par une retraite volontaire (1). Et ce vaste scandale resta enfoui ! Il en sortit le crédit donné, par la mort de tant d’Européens, à la colonisation par les noirs ; il en sortit ce mensonge : Les blancs ne peuvent pas travailler sous le tropique. Chanvalon, juridiquement condamné, en 1767, à une détention perpétuelle, vit alors ses biens séquestrés; mais, en 1776, après la disgrâce du ministre Turgot, frère du chevalier, le principal accusateur de Chanvalon, son procès fut révisé. Il fut réintégré dans tous ses biens, et il obtint, avec une indemnité de cent mille livres, le litre de commissaire-général des colonies. De plus, on lui affecta une gratification annuelle de dix mille livres. Justice tardive, si toutefois il fut reconnu innocent ! Ce que nous pouvons affirmer, c’est que, dans ses lettres, Chanvalon blâmait les mesures indi(1) Le chevalier Turgot était plein de vanité ; néanmoins, agriculteur et botaniste, il trouvait dans ses études, un passe-temps qui lui servit a oublier tout ce que les faits décrits dans cet aperçu avaient de hideux pour lui. Lorsque le chevalier Turgot avait été présenté à Louis XV, le roi avait, en le voyant, poussé cette exclamation : « Ah! voilà le chevalier Turgot ; du génie, des vues, des idées neuves ! —Sire, avait dit le duc de Choiseul, c’est aussi le gouverneur de la France équinoxiale ; » et Turgot avait été nommé gouverneur-général. Turgot s’extasiant devant le duc d’Ayen, qui l’avait recommandé au duc de Choiseul, de ce que le roi l’avait reconnu : «Cela ne doit pas vous étonner, répond le duc, car je saisis, la semaine dernière, l’occasion de parler de vous à Sa Majesté : c’était à Choisy, pendant le souper ; on avait servi un faisan à la tartare, que le roi trouva excellent. L’idée me venant alors de parler de vous, je lui dis que j’en avais mangé accommodé à la turque, et que c’était le chevalier Turgot qui en avait donné la recette à mon jardinier. J'en veux avoir, répondit le roi; et puis le roi savait que vous étiez borgne. » (Mémoires du temps.)

Histoire générale des Antilles Tome 5 et 2 de la 2ème série. Suite  

Dessales A./Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collection...

Histoire générale des Antilles Tome 5 et 2 de la 2ème série. Suite  

Dessales A./Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collection...

Profile for scduag
Advertisement