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— 559 — Ces menées du représentant de l’Espagne, peu faites pour rassurer les habitants, occasionent quelques rumeurs. Ces rumeurs indisposent Ulloa, et, toujours poussé par Aubry, il entreprend une tournée, dans laquelle, après avoir entravé les opérations des agents français, il exerce la tyrannie la plus injuste. Des représentations lui sont alors faites, on se permet de l’interroger, mais il tergiverse dans ses réponses, ou ne les fait qu’accompagnées d’une insolence révoltante. Dès lors, cette colonie, livrée à l’incertitude la plus complète, voit peu à peu se tarir toutes les sources auxquelles elle puisait sa vie. Le commerce devient languissant, et le désespoir s’empare de chacun. De cet état de choses surgissent des pourparlers, des assemblées, qu’Ulloa qualifie de désobéissance coupable et d’insurrection ouverte. Haï par les colons qu’il persécute, sa femme lui fait des représentations. Créole du Pérou, elle prend en pitié cette race méconnue ; mais, fatigués d’une tyrannie dont les coions ne s’expliquaient pas le but, Chauvin de la Freynière et Jean Milhët, son ami, se concertent. Le premier, brave, d’une érudition approfondie par de nombreux travaux, mais d'un caractère bouillant, penchait pour l’usage de la force. L’embarquement d’Ulloa lui semblait une justice à laquelle le monde entier devait applaudir. Nouveau Mutius, il voyait son nom inscrit à côté des victimes du dévouement patriotique ; mais Jean Milhët, plus calme, arrête cette fougue, que de nombreux Séïdes s’apprêtaient à soutenir, et après une séance où les conjurés font serment de maintenir leurs droits de citoyens au péril de leur vie, le Conseil Supérieur se décide à se transporter chez Ulloa, et lui signifie d’avoir à se faire reconnaître ou à retourner en Espagne. La question ainsi posée, pour peu qu’Ulloa eût conservé quelques sentiments d’honneur, il ne pouvait voir, dans celte démarche, que le résultat de consciences ayant une juste idée de leur valeur; mais, le gant jeté, il le ramassa, et, dès le lendemain, s’embarqua pour l’Espagne (30 octobre 1768). Les colons avaient tout prévu; déterminés à s’associer aux vues de l’Espagne, dès que son autorité serait proclamée, ils

Histoire générale des Antilles Tome 5 et 2 de la 2ème série. Suite  

Dessales A./Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collection...

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