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si le commerce de l’île allait reprendre confiance, le manque de bras laissait la culture en souffrance. Nous savons qu’en France déjà, on songeait à l’introduction de nouveaux travailleurs dans nos îles; aussi, réservant pour un temps plus opportun le narre des spéculations auxquelles se préparaient les négriers français, en 1763, nous continuerons à analyser les causes qui contribuaient à assombrir la physionomie de Saint-Domingue. Le poison y avait reparu avec toutes ses horreurs, avec tous les effrois qu’il occasione à l’habitant. Pendant la guerre, on n’avait pu y prêter une attention suivie, et, profitant du trouble fini agitait la colonie, il s’était formé des confréries d’empoisonneurs, sorte de franc-maçonnerie qui ne laissait personne en repos. Le colon se trouvait d’autant plus à plaindre, que, n’ayant aucune preuve à porter en justice des crimes qui le ruinaient, il se voyait en proie aux soupçons. Dans cette position, et cependant en présence des preuves vivantes d’un crime commis Par des mains inconnues, une action quelconque devenait essentielle. De Clugny et Montreuil décidèrent que les nègres soupçonnés par leurs maîtres , et à eux désignés , afin d’éviter à la justice un acquittement dont l’exemple serait pernicieux , seraient embarqués pour France, et détenus à perpétuité (1). (1) Clugny écrivant au ministre, le 20 mai 1763, lui relatait ce qui se passait à Saint-Domingue, et lui disait : « Les poursuites de la justice deviennent infructueuses, et il est impossible de séquestrer les empoisonneurs, de manière qu’ils ne communiquent pas avec les autres nègres. Cette communication est du plus grand danger et produit souvent les conséquences les plus funestes, surtout pour les nègres et négresses qui ont une famille nombreuse, et qui, par là, peuvent les instruire de leurs secrets abominables. Telle est, Monseigneur, la situation dans laquelle vient de se trouver M. le chevalier de Gabriac, au sujet d’une négresse créole de son habitation, nommée Charlotte. Pour prévenir ces inconvénients, il m'a demandé de la faire passer en France, pour y être mise dans une maison de force. J'ai cru qu’il était du bien de la colonie de consentir à cette demande, et que vous voudriez bien l'approuver. En conséquence, j’ai fait embarquer cette négresse dans le navire la Rô

Histoire générale des Antilles Tomes 5 et 2 de la 2ème série  

Dessales A./Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collection...

Histoire générale des Antilles Tomes 5 et 2 de la 2ème série  

Dessales A./Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collection...

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